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Les enseignantes musulmanes voilées à la croisée de multiples oppressions

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Soraya Boucetta : Université de Montréal

Résumé de la communication

Les études soulignent comment depuis la promulgation de la loi sur la laïcité de l’État, les femmes voilées qui souhaitent intégrer la fonction publique sont de plus en plus marginalisées (Celis et al., 2020). Toutefois, elles sont souvent examinées à travers un profil « globalisant » - leurs appartenances culturelles et religieuses ne permettant pas d’examiner leurs réalités multiples et singulières. Cette forme d’essentialisation de « la » femme musulmane va non seulement rendre leurs problématiques invisibles, mais surtout soustraire leurs revendications (Guenif-Souilamas, 2000 ; Pirès, 2017 ; Benhadjoudja, 2018).

A travers cette communication, nous allons examiner comment le concept de l’intersectionnalité est incontournable afin d’attirer l’attention sur le vécu des femmes enseignantes musulmanes voilées en montrant comment celles-ci sont à l’intersection de plusieurs rapports de pouvoir, notamment celui lié à la perception de la religion musulmane, qui semble être au cœur de la discrimination. Nous examinerons comment nous pouvons mobiliser ce concept pour mettre en perspective la dynamique complexe des expériences sociales vécues par les enseignantes musulmanes voilées, tout en nous intéressant à l’historique de l’application de la loi sur la laïcité de l’État. Enfin nous réfléchirons aux interactions sociales qui peuvent résulter, « de choix politique et économique » qui instituent et renforcent différentes formes de dominations (Martineau, 2020 : 151).

Résumé du colloque

Depuis les années 2000, l’« intersectionnalité » a connu un succès inégalé, notamment dans les études féministes (Bilge, 2015). Alors que cette approche semble être devenue une bonne pratique pédagogique (ibid.), de plus en plus de militant‑e‑s et de chercheur‑se‑s décrient sa dépolitisation, et même son instrumentalisation : l’intersectionnalité devient une marque qui « paraît bien » (Tlostanova,2015). Cette approche se voit même de plus en plus intégrée aux politiques tant nationales qu’internationales (Collins et Bilge, 2016), en plus d’être largement mobilisée par les universitaires, les discours publics ou les organisations internationales. Ce concept et cette approche sont devenus si à la mode que l’on remet en question leur charge heuristique et leur portée critique.

Une telle visibilité des approches intersectionnelles pourrait laisser croire qu’elle s’accompagne d’un rééquilibrage des inégalités sociales multiples que cette approche veut déconstruire. Or, de nombreux travaux démontrent au contraire que les rapports de pouvoir perdurent et se renouvellent, sans compter que la pandémie actuelle a été accompagnée d’un durcissement de ces inégalités touchant notamment différemment des groupes moins privilégiés et plus vulnérables (Froidevaux-Metterie, 2020).

L’année dernière, notre panel s’était concentré sur les approches genrées/féministes. Cette année, nous proposons une rencontre autour de l’engouement quant à l’intersectionnalité. Nous l’articulerons autour de plusieurs axes de réflexion, allant des enjeux liés à l’instrumentalisation de ces approches, aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte d’une hétérogénéité des expériences d’oppression. Quels sont ces interstices et comment leur analyse fait-elle apparaître des réalités sociales jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de ce concept parfois de manière apolitique ne participerait-elle pas à dissimuler les dynamiques inégalitaires plurielles constitutives des rapports de pouvoir? Autant de questions que nous aborderons entre chercheur‑se‑s issu‑e‑s d’horizons divers.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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