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Matthijs Gardenier : Université Paul-Valéry-Montpellier-III
Cette contribution entend poser la question des traitements spécifiques que connaissent différents mouvements en fonction de leur perception par les forces de l’ordre. Le mouvement des Gilets Jaunes, mobilisant des publics issus des classes populaires éloignés des répertoires d’action classique des mouvements sociaux a été souvent incontrôlable, parfois insurrectionnel. Il a fait l’objet d’un traitement policier particulièrement brutal, à l’intersection entre le profilage politique et social. Cette catégorisation ouvre la voie à un maintien de l’ordre « exceptionnel », soit affranchit des limites définies par le droit ordinaire régissant les manifestations.
Les comptes rendus d’observation d’une vingtaine de manifestations à Toulouse et à Montpellier, hauts-lieux du mouvement des Gilets Jaunes dessinent les contours de ce maintien de l’ordre : les affrontements se déclenchent aux moments choisis par les forces de l’ordre. Les pratiques se caractérisent par la pression psychologique, l’intimidation et les punitions individuelles aléatoires telles que les tirs de LBD au hasard dans la foule ou les nasses suivies de gazages massifs. Le dispositif policier se prolonge au tribunal avec une justice d’abattage lors de procédures de comparution immédiate où les magistrats ont la main lourde. Ces pratiques du maintien de l’ordre et du profilage des mouvements sociaux sont à envisager de manière plus large dans des évolutions des rapports sociaux à la sécurité et au policing.
Le contrôle de ce qui est acceptable ou admissible dans la sphère politique a de lourdes conséquences sur la vie démocratique de toute société, sur le dynamisme des groupes qui souhaitent y prendre part, de même que sur la mise en visibilité des problèmes sociaux. Pourtant, la notion de profilage politique a une histoire somme toute récente au Québec. Elle a été développée grâce aux démarches de groupes politiques ayant vécu un traitement asymétrique basé sur des stéréotypes (Goyette, Bellot et Sylvestre, 2014). Des acteurs se sont inspirés des notions de profilage racial et social dans le but de faire reconnaître son existence (Dupuis-Déri, 2014). Les particularités du profilage à caractère politique et ses zones d’interaction avec les autres types de profilages sont en ce sens encore marginales dans la littérature en sociologie, en travail social et en science politique. Le colloque « Actions politiques et profilages » permettra d’actualiser et de développer le concept de profilage politique, notamment dans ses intersections avec d’autres formes de profilage. À travers une lunette plus collective qu’individuelle, ce colloque invite à réfléchir sur l’intentionnalité politique derrière les profilages, de même que sur les manières dont les acteurs collectifs les contestent. Les contributions à l’avancement des connaissances sur les profilages de l’action politique seront déclinées en deux temps : 1) les profilages de la défense de droits; et 2) les profilages de l’action politique dans l’espace public.
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