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Guillaume Lessard : Université de Montréal
Les politiques de développement durable mises en place par les gouvernements peuvent ironiquement mener au renforcement de trajectoires de développement insoutenables (unsustainable) et inéquitables tant d’un point de vue environnemental, économique et social. En usant de la perspective de la transition socioécologique urbaine (Ernst et al., 2016; McCormick et al., 2013; Torrens et al., 2021), cette recherche fait l’argument que les politiques de développement durable ciblant l’adoption d’artefacts techniques sans considération pour leur contexte d’usage sont les plus à même de contribuer à la perpétuation et au renforcement des verrouillages structurels et culturels propres à l’étalement urbain (Filion, 2010, 2018). Nous développons cet argumentaire par une étude de cas des politiques d’habitation et de mobilité durable mises en place par les différents paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) au Québec. En habitation, les programmes soutiennent surtout l’efficacité énergétique du cadre bâti dans une logique d’accès à la propriété individuelle. En mobilité, des subventions encouragent l’achat de véhicules électriques. Ensemble, ces politiques sont en continuité avec les trajectoires de développement propres à l’étalement urbain puisqu’elles soutiennent les ménages propriétaires de maisons individuelles (Lessard, 2021) qui bénéficieront économiquement et symboliquement de l’adoption d’un véhicule électrique (Kumar & Alok, 2020; Orsi, 2021; Sovacool, 2017).
Cette proposition de colloque est portée par le Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT), qui rassemble les chercheurs des universités québécoises intéressés par le développement territorial et plus particulièrement par les dynamiques de développement-régression qui touchent les régions non métropolitaines. Ces territoires sont soumis à des tensions qui se renouvellent continuellement. Longtemps analysées en termes économiques autour de la relation de dépendance qui lie ces territoires aux aires métropolitaines et aux capitaux extérieurs, les dynamiques de ces territoires sont aujourd’hui regardées en s’intéressant à la diversité des conditions sociales et environnementales qui les caractérisent.
La période récente apporte son lot de questions qui, si elles ne sont pas toujours nouvelles, interrogent les modalités d’une transition de nos économies et de nos sociétés vers des modèles de développement qui sachent corriger les problèmes écologiques et sociaux engendrés par des systèmes de production qualifiés parfois de « productivistes » ou « extractivistes » et bâtir de nouvelles perspectives. La récente crise sanitaire a apporté son lot de questions autour de l’organisation du travail, de l’occupation du territoire, des approvisionnements de proximité, de la numérisation. Les territoires non métropolitains ont été confrontés à des questions criantes relatives au logement, aux transports, à l’accès aux réseaux haut débit, à des mobilités inédites (temporaires ou non), voire à l’approvisionnement en denrées de base. Le secteur des services s’en est trouvé bouleversé, avec une division du travail entre celles et ceux pouvant effectuer leur travail à distance et d’autres contraints d’effectuer leurs tâches en « présentiel », sans parler des nombreux métiers qui n’ont eu d’autre choix que de se réinventer.
C’est à une réflexion autour de ces transformations qu’invite le CRDT pour ce colloque dans le cadre du congrès 2022 de l’Acfas.
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