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Frédérique Hervieux : UQO - Université du Québec en Outaouais
Les mères en processus de réinsertion sociale doivent répondre aux demandes propres d’une libération, en plus de jongler avec la relation avec leurs enfants et de (re)négocier leur identité maternelle. Ce processus identitaire, bien qu’amorcé en détention (Couvrette et al., 2016; Enos, 2001; Opsal, 2011), se complique en transition, alors que leur identité maternelle est confrontée à une identité criminelle stigmatisée (Opsal, 2011). Puisqu’il est suggéré que l’identité maternelle pourrait être une source de motivation importante dans une démarche de réinsertion (Brown et Bloom, 2009), il semble important de s’intéresser aux projections identitaires de ces femmes. Le processus de réinsertion sociale de mères judiciarisées a été examiné à partir de la théorie des «Possibles Selves» (Markus et Nurius, 1986), misant sur des représentations qu’un individu se crée quant à la personne qu’il souhaite devenir, qu’il pourrait devenir ou encore, qu’il craint de devenir. La présentation vise ainsi l’exploration des projections identitaires de mères en processus de réinsertion sociale à partir d’entretiens qualitatifs menés auprès d’une vingtaine de femmes résidant en maison de transition à Montréal et Québec. Les résultats préliminaires permettent d’approfondir le sens que prennent ces projections identitaires pour ces mères, de questionner les obstacles qu’elles envisagent dans leur processus et enfin, de cerner les besoins à combler pour les aider dans celui-ci.
La réinsertion sociale est, depuis longtemps, au cœur des préoccupations des politiques publiques. Quels que soient les indicateurs, la forme ou le vocabulaire utilisé, l’idée de ne pas retourner en prison à la suite d’une condamnation pénale est souvent une des priorités avancées des gouvernements. En 1969, la Loi sur la probation et le système correctionnel du Québec estime que la réinsertion sociale est un des moyens à prioriser pour assurer la sécurité du public. Or, si les recherches en criminologie et en justice pénale font souvent référence à la notion de réinsertion sociale comme mesure de « réussite » ou d’« échec » des interventions pénales, cette notion n’est que rarement définie de façon unanime. Conséquemment, les chercheurs utilisent plusieurs indicateurs pouvant montrer qu’une personne est réinsérée ou non : ne pas récidiver dans un délai donné, terminer un programme avec succès ou se sentir comme partie intégrante de la société. En parallèle, on assiste à des transformations des systèmes pénaux et correctionnels depuis quelques années. Sur le plan de la prise en charge, de nouveaux modes de gestion des populations contrevenantes se développent, tels que des tribunaux ou des procédures spécialisés. Sur le plan de l’intervention, on assiste aussi au développement d’outils ciblant des problématiques ou des besoins de plus en plus précis. On note également une plus grande hétérogénéité au sein des populations prises en charge et l’apparition de groupes plus vulnérables, soit parce qu’ils sont plus fragilisés par leur passage dans le système pénal, soit parce que les interventions actuelles n’ont pas été réfléchies en fonction de leurs besoins particuliers (femmes, autochtones, aînés, jeunes, etc.). Le présent colloque a pour objectif de réfléchir à la manière dont la notion de réinsertion sociale est mobilisée dans les recherches contemporaines afin de mieux comprendre ses contours, ses enjeux et ses réalités. À travers les différentes présentations, le colloque vise ainsi à souligner la diversité des besoins, des concepts et des réflexions associés à la réinsertion sociale et, donc, à la multiplicité des formes d’intervention possibles. Il permet de repousser les frontières de la définition de la réinsertion sociale au-delà de la sortie de la peine, et au-delà d’une population strictement homogène.
Titre du colloque :