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Mathilde Cambron-Goulet : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’image de la tour d’ivoire est une manière récurrente de reprocher aux intellectuels leur incapacité à entrer en dialogue avec le reste de la société. Quand le dialogue n’est pas simplement absent, ce sont les raisonnements abstrus, le vocabulaire ésotérique, voire l’objet même de la recherche qui minent les rapports entre l’intellectuel et le simple citoyen (on peut songer ici aux fameux Ig Nobels). L’ampleur du fossé qui sépare d’une part la quête de savoir ésotérique qui colore encore de nos jours la recherche académique, et d’autre part l’idéal de l’intellectuel citoyen, peut être mesurée à partir des rapports entre l’Académie platonicienne et les Cyniques. En effet, Diogène questionne la capacité de Platon à mener une recherche accessible, qu’il réfute sans passer par le raisonnement (e. g. DL VI 38 sur l’argument du Cornu et VI 40 sur l’homme qui est un bipède sans plumes), faisant fi de la méthode de recherche platonicienne qui se caractérise par la division et dont la pertinence est évaluée à l’aune de son résultat (El Murr 2005). Ces anecdotes qui font sourire témoignent d’une critique des rapports entre l’académicien et le non-initié – ce qui ne signifie pas que les rapports des Cyniques avec leurs concitoyens sont plus faciles (Goulet-Cazé 2010). L’humour cynique fait-il partie de la solution ? Jusqu’à quel point l’esprit de bottine peut-il ramener le philosophe dans la cité ? C’est ce que nous souhaitons examiner ici.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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