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L’instrumentalisation du corps animalier dans l’art contemporain féministe

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Gabrielle Loftin : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Depuis les années 1960, le corps occupe une place importante dans l’art, à travers notamment les pratiques féministes du Body art où le corps des femmes fait l’objet d’une réappropriation politique. Le Body art d’allégeance féministe a également eu recours au corps animal (Meat Joy, 1964 de Carolee Scheeman) pour exprimer ses revendications. L’animal y est cependant majoritairement présenté sous forme de produit carné (Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique, 1987 de Jana Sterbak), de chair violentée et d’entité objectifié. Une exploitation du corps animal serait-elle opérée par l’art féministe, soumettant ainsi l’animal à une instrumentalisation analogue à celle que la société patriarcale réserve aux corps des femmes ? L’œuvre Chicken Knickers (1997) de Sarah Lucas apparaît exemplaire de cette ambivalence. Dans ce travail photographique de Lucas, on voit le bas du corps de l’artiste portant une culotte blanche sur laquelle un poulet a été attaché et où l’orifice arrière de celui-ci est à peu près dans la position de sa vulve. C’est pourquoi celle-ci fera ici l’objet d’une analyse prenant entre autres appui sur les travaux de Carol J. Adam, théoricienne de l’intersectionnalité entre la cause féministe et la cause animale. Le but de cette présentation sera de démontrer les enjeux que comporte cette association entre le corps féminin et le corps animalier. Quel prix ce dernier paye-t-il en devenant instrument de dénonciation pour la cause féministe?

Résumé du colloque

Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.

Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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