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Nathalie Plante : Université d'Ottawa
La communication proposée vise à contribuer à la réflexion collective entourant le regard
que la société porte sur les enfants et l’enfance, et ce, en particulier lorsqu’il est question
de maltraitance. Le discours médical a historiquement occupé une place importante dans
la reconnaissance publique de cette problématique sociale, entre au niveau des violences
physiques subies au niveau intrafamilial. La présentation vise plus spécifiquement la
place du discours médical en lien avec la reconnaissance des mauvais traitements
psychologiques (MTP) envers les enfants et ses effets potentiels sur les solutions
envisagées pour répondre à ce problème. Nous présenterons les résultats de l’analyse
empirique des représentations associées à la maltraitance psychologique envers les
enfants dans les médias québécois, d’une part, et dans les débats en commission
parlementaire ayant précédé l’intégration des MTP à la Loi sur la protection de la
jeunesse. Les résultats montrent que, dans les deux cas, la sphère médicale occupe une
place très importante au plan discursif lorsqu’il est question des problèmes qui sont
encourus à la suite de mauvais traitements psychologiques. Toutefois, le fatalisme mis en
exergue par les métaphores médicalisées limite la possibilité d’envisager des solutions
diversifiées pour cette population de jeunes vulnérables. En ce sens, ces représentations
influencent de manière non négligeable les politiques sociales et les interventions qui
ciblent cette population.
Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.
Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.
Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.
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