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Médicalisation de la difficulté scolaire en France et qualification de la difficulté d’apprentissage en mathématiques dans 48 mémoires de fin d’études d’étudiants orthophonistes.

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Emmanuel Vergnol : Université de Montpellier

Résumé de la communication

En France, la prise en charge des troubles spécifiques de l’apprentissage en mathématiques est du ressort des orthophonistes. Bien que ceux-ci exercent sous prescription médicale, c’est principalement l’école qui suggère aux élèves présentant des difficultés persistantes en mathématiques d’aller consulter ces professionnels paramédicaux (Vergnol, 2021).

Inscrit dans un phénomène plus large de médicalisation de l’échec scolaire (Morel, 2014 ; Benoit, 2005 ; Pinell & Zafiropoulos, 1978), nous avons donc ici deux institutions – école et cabinet d’orthophonie – autour d’un même objet, la difficulté persistante en mathématiques. Nous souhaitons, pour cette communication, saisir plus finement comment les orthophonistes font de la difficulté en mathématiques un objet de soin : au cœur de ce processus de médicalisation, ou de psychologisation (Roiné, 2007), se trouve un phénomène de réétiquetage de la difficulté en termes de troubles des apprentissages.

Notre analyse de contenu d’un corpus de 48 mémoires d’étudiants orthophonistes suggère que la diversité de termes qualifiant la difficulté des participants illustre non seulement le processus de médicalisation à un niveau conceptuel (Conrad, 1992), mais serait notamment à relier au fait que les troubles des apprentissages ne font toujours pas l’objet d’une définition unanimement accepté, la pose du diagnostic restant complexe.

Résumé du colloque

Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.

Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.

Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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