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Marlei Pozzebon : HEC Montréal
L’émergence des théories postcoloniales – et en particulier le courant décolonial – a contribué à soulever le voile sur les relations de pouvoir qui soutiennent la science moderne, une architecture qui se prétend neutre et universelle (Mignolo, 2008). Un nombre croissant de chercheurs universitaires s’inscrivent dans des concepts décoloniaux, cherchant à rompre avec la soi-disant colonialité de la connaissance (Santos, 2009). Cependant, la recherche qui se propose d’être décoloniale doit penser non seulement aux cadres théoriques, mais aussi aux méthodes avec lesquelles elle entend travailler. Il s’agit de penser à une méthodologie autre, c’est-à-dire une façon de faire de la science construite à partir de récits de populations historiquement réduites au silence par la colonialité (Ortiz-Ocañ et al., 2018). Notre analyse montre que, bien qu’il ne soit pas encore facile de comprendre comment rompre méthodologiquement avec la matrice moderne/coloniale, il est possible d’identifier certains éléments, tels que l’attitude critique et réflexive dans un lieu d’énonciation, l’engagement politique, le dialogue et l’interculturalité, l’expression de l’affectivité et l'« écrit-vivance ». Nous concluons que la préoccupation réside moins dans ce que sont les instruments de recherche que dans la façon dont ils sont utilisés, cherchant à présenter les chemins de la connaissance en marge qui remettent en question l’hégémonie des méthodologies eurocentriques et leurs linéarités.
En se diffusant sur une grande échelle au cours des années récentes, les innovations sociales (IS) ont-elles été « resignifiées » pour en atténuer, voire en extirper, leurs dimensions critiques et leur potentiel de transformation sociale? En conséquence de cette évolution, ont-elles été simplement réduites à des dispositifs d’accompagnement des innovations technologiques et à des mesures palliatives pour combler les failles du marché et les insuffisances des interventions étatiques? En accord avec ces fonctions, les IS incarneraient des solutions inédites qui, grâce à une approche supposément consensuelle et inclusive, comporteraient des bénéfices supérieurs aux solutions existantes tant pour ses promoteurs que pour la société dans son ensemble. Les IS seraient-elles ainsi devenues une panacée et un « concept magique »? Certes dominante et portée par une vision fonctionnaliste et technocentriste, cette conception des IS n’épuise toutefois pas toute leur signification.
Parallèlement au rétrécissement de la signification des IS, on assiste à la montée des inégalités, tandis que les enjeux identitaires s’exacerbent et que les crises sanitaires et climatiques s’intensifient. Ce contexte serait-il propice à l’émergence et à la consolidation d’un autre type d’IS, axé sur la justice sociale et environnementale? Selon les théories critiques se réclamant de cette dernière, les groupes dominés sont victimes d’une distribution inique, d’un déni de reconnaissance et d’un déficit de représentation, alors même qu’ils sont davantage touchés par la crise sanitaire et les changements climatiques. Portées par une action collective et par des mouvements sociaux représentant les groupes dominés, les IS émergeraient alors en réaction aux injustices, qu’elles se proposeraient de faire reculer.
En vue de mieux comprendre ce phénomène pluriel et polysémique que sont les IS, il importe de construire une typologie, dont les deux types esquissés précédemment ne seraient que les formes opposées. Selon quels axes distinctifs construire cette typologie? Typologie des approches ou typologie du phénomène? Typologies d’effets ou de processus? Quels acteurs sont aujourd’hui promoteurs de tel ou tel type d’innovations sociales? Le contexte de crise actuel est-il propice à l’émergence d’un nouveau type d’innovations sociales? Quels types d’innovations sociales comportent un réel potentiel transformateur pour une justice sociale et environnementale? Quelles articulations possibles entre innovations sociales et innovations technologiques? Comment mesurer la contribution des divers types d’IS tant au regard de la justice sociale et environnementale qu’à celui de la satisfaction des besoins et des aspirations des groupes dominés? À l’intersection d’enjeux scientifiques et politiques, notre colloque vise à proposer une réflexion commune sur les défis entourant l’analyse et la portée des divers types d’IS.
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