pen icon Colloque
quote

Peut-on rendre transparents les murs des abattoirs ?

AM

Membre a labase

Anne-Laure Mathy : Université libre de Bruxelles

Résumé de la communication

L’abattage des animaux a depuis toujours fait l’objet d’une invisibilisation. La vue du sang répugne au point qu’il faille le cacher. Actuellement, il nous est donné à voir ce qu’il se passe au sein des abattoirs par le biais d’images clandestines, collectées par des associations de défense des droits animaux qui souhaitent re-visibiliser cette activité avec l’espoir que cela puisse induire des changements de consommation. En Belgique, cela a eu pour effet de modifier les moyens de contrôles du bien-être animal, et plus précisément d’induire l’introduction de vidéosurveillance dans les abattoirs. Cet intérêt soudain pour ce qui a toujours été caché sera l’objet de ma communication qui s’attachera à démontrer que derrière une apparente transparence, la volonté de maintenir l’abattage caché se maintient. Les résultats de cette recherche s’appuient sur des observations semi-participantes en abattoir et sur des entretiens réalisés avec des acteurs du secteur de la transformation de la viande (vétérinaires, ouvriers, patrons d’abattoir, syndicats, inspecteurs du travail ou sanitaires, etc). Ma communication mobilisera des éléments théoriques de la sociologie de l’interaction, plaçant les animaux au cœur des réflexions. En assimilant l’abattoir à l’asile, et les animaux aux reclus, je montrerai que la quasi-absence de représentations d’animaux de ferme lors de leur abattage dans les médias ou dans l’art est une condition nécessaire à l’existence de telles infrastructures.

Résumé du colloque

Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.

Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :