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Politiques d’utilisation/distorsion de l’intersectionnalité dans des espaces gouvernementaux

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Geneviève De Breyne-Gagnon : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La littérature sur le blanchiment et l’instrumentalisation de l’intersectionnalité révèle un besoin important de réfléchir de façon latérale aux dynamiques sociopolitiques et aux pratiques associées aux distorsions de l’intersectionnalité liant les acteurices gouvernementales, organisations féministes, et chercheureuses (Bilge 2015, May 2015). Cette communication se concentre sur l’exploration préliminaire des politiques d’utilisation et des processus de transformation de l’intersectionnalité dans les espaces gouvernementaux, en faisant un parallèle avec les processus de distorsion et blanchiment de l’intersectionnalité identifiés dans les milieux de la recherche. Les propos seront donc appuyés par une revue de la littérature faisant référence à l’intersectionnalité dans divers espaces gouvernementaux canadiens et européens (Chow 2016, Hankivsky 2012, Mason 2019, Lombardo et Verloo 2009) ainsi que sa distorsion dans des espaces académiques nord-américains et européens (Alexander-Floyd 2012, Bilge 2015, Dhamoon 2011, Nath et al. 2018). La période temporelle de référence est de 2005 jusqu’à aujourd’hui. Trois questions seront abordées : 1) Quelle(s) forme(s) prend l’intersectionnalité dans les espaces gouvernementaux? 2) Quels éléments sont pertinents afin d’identifier et expliquer les processus de distorsions de l’intersectionnalité? 3) Quels sont les liens entre la distorsion de l’intersectionnalité en recherche et dans les espaces gouvernementaux?

Résumé du colloque

Depuis les années 2000, l’« intersectionnalité » a connu un succès inégalé, notamment dans les études féministes (Bilge, 2015). Alors que cette approche semble être devenue une bonne pratique pédagogique (ibid.), de plus en plus de militant‑e‑s et de chercheur‑se‑s décrient sa dépolitisation, et même son instrumentalisation : l’intersectionnalité devient une marque qui « paraît bien » (Tlostanova,2015). Cette approche se voit même de plus en plus intégrée aux politiques tant nationales qu’internationales (Collins et Bilge, 2016), en plus d’être largement mobilisée par les universitaires, les discours publics ou les organisations internationales. Ce concept et cette approche sont devenus si à la mode que l’on remet en question leur charge heuristique et leur portée critique.

Une telle visibilité des approches intersectionnelles pourrait laisser croire qu’elle s’accompagne d’un rééquilibrage des inégalités sociales multiples que cette approche veut déconstruire. Or, de nombreux travaux démontrent au contraire que les rapports de pouvoir perdurent et se renouvellent, sans compter que la pandémie actuelle a été accompagnée d’un durcissement de ces inégalités touchant notamment différemment des groupes moins privilégiés et plus vulnérables (Froidevaux-Metterie, 2020).

L’année dernière, notre panel s’était concentré sur les approches genrées/féministes. Cette année, nous proposons une rencontre autour de l’engouement quant à l’intersectionnalité. Nous l’articulerons autour de plusieurs axes de réflexion, allant des enjeux liés à l’instrumentalisation de ces approches, aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte d’une hétérogénéité des expériences d’oppression. Quels sont ces interstices et comment leur analyse fait-elle apparaître des réalités sociales jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de ce concept parfois de manière apolitique ne participerait-elle pas à dissimuler les dynamiques inégalitaires plurielles constitutives des rapports de pouvoir? Autant de questions que nous aborderons entre chercheur‑se‑s issu‑e‑s d’horizons divers.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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