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Bengie Alcimé : Université Paris Cité
L’expérience de travail avec des jeunes des quartiers appauvris de Port-au-Prince a montré que, quand on leur demande de se raconter, leurs récits tournent autour des difficultés de leur vie quotidienne, de leur incapacité à s’ériger en sujet de droit. L’analyse de ces discours révèle qu’ils sont pris dans le fil d’un temps qu’ils voient défiler sans qu’ils n’arrivent à réaliser quelque chose de leur vie qui devient la répétition d’une d’oisiveté, le terrible repos en somme de ceux qui font l'expérience de la mort sociale.
Si cette réalité pousse à questionner les capacités d’action de ces jeunes, cette communication vise de préférence à discuter la place du chercheur-intervenant engagé dans un processus de changement social. Comment penser avec les sujets l’action émancipatrice, individuelle ou collective, quand objectivement, ils sont dépourvus des moyens nécessaires à la conduite de ces actions ? Dans la mesure où le chercheur-intervenant est lui aussi en proie aux doutes sur l’efficacité de son intervention, ne s’engage-t-il dans une démarche illusoire et contre-productive pour les jeunes en question ?
Cette réflexion est issue d’un travail de recherche auprès d’un groupe de jeunes d’un quartier populaire de Port-au-Prince et d’une recherche-intervention auprès de jeunes d’un autre quartier de Port-au-Prince. Ancrée dans une perspective socio-clinique, elle propose un retour réflexif sur l’expérience du chercheur-intervenant et le sens qu’il accorde à sa démarche.
La participation des jeunes en difficulté est un angle mort des sciences sociales. Trop souvent absents des études, ces jeunes sur lesquels on porte le regard sont associés au non-engagement, à un caractère improbable ou aux difficultés de participation. Il en ressort l’impression qu’il est difficile d’intervenir pour promouvoir leur participation politique, sociale ou citoyenne. Cela renforce les perspectives d’analyse orientées vers les manques ou vers les obstacles qu’ils auraient à franchir pour s’engager. Dans le contexte actuel de vogue participationniste ou de promotion tous azimuts de la participation des usagers, certains dispositifs instrumentalisent les jeunes en difficulté pour prévenir leur exclusion sociale, les (ré)insérer.
Nos travaux (Greissler, Lacroix et Morissette, 2020) jettent un éclairage théorique, conceptuel et méthodologique sur ce sujet propulsé sur le devant de la scène politique et sociale. Ce champ de recherche n’étant pas défini, comme l’est par exemple la participation électorale, il est important de réfléchir à ce qu’est la participation des jeunes en difficulté, la manière dont elle émerge et dont on peut l’étudier. Des questions sont ainsi soulevées : 1) Comment définir la participation et circonscrire un objet de recherche qui concerne les jeunes en difficulté, quels outils théoriques mobiliser pour tenir compte de toutes les formes d’engagement, même les plus improbables? 2) Comment prendre en considération la participation selon un processus où les intervenants, et particulièrement les milieux de vie, ont au quotidien, dans le formel et l’informel, un rôle de levier? et 3) Comment traiter des enjeux de recherche comme l’échantillonnage et les biais, le recrutement, la création d’un espace de parole et de recherche, la place et la posture de chercheur-se, les stratégies d’analyse des discours, la prise en compte du contexte d’intervention, entre autres? C’est le but de ce colloque qui devrait pouvoir répondre à certaines questions à partir de travaux récents sur le sujet.
Titre du colloque :