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Pour un féminisme sénégalais inclusif : réception de l’intersectionnalité chez les féministes sénégalaises

NK

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Ndeye Fatou Kane : Université Paris Cité

Résumé de la communication

Alors qu’au niveau de l’histoire des luttes de libertés, le Sénégal et les Etats-Unis ont eu à des moments à s’associer, notamment pour le cas d’Angela Davis, nous nous sommes demandés pourquoi l’espace de recherche sénégalais reste hermétique à certaines théories telles que l’intersectionnalité. A notre sens, la méconnaissance d’un concept tel que l’intersectionnalité est dû au fait que les chercheuses au Sénégal restent cloisonnées dans leurs domaines de recherche et ne prennent pas en compte les théories voyageuses. Pour une meilleure prise en compte de ces théories, il faudrait que le féminisme sénégalais soit plus inclusif, qu’il ne soit plus l’apanage des femmes sénégalaises de la classe moyenne et bourgeoise, et qu’il prenne en compte les femmes sénégalaises de tous bords. Aujourd’hui, pour redynamiser le féminisme sénégalais, nous pensons qu’une déconstruction critique devrait s’opérer. Un féminisme sénégalais qui concerne toutes les femmes sénégalaises, un féminisme sénégalais plus intersectionnel, c’est là que résiderait l’avenir. Les centres urbains regorgent de femmes alliant pratique et théorie féministes, donc aller du centre à la marge permettrait de créer une nouvelle dynamique féministe. L’inclusion sociale dont on fait état pourrait aussi être mieux mise en oeuvre par une ouverture de l’espace de recherche sénégalais à d’autres théories. Car une théorie comme l’intersectionnalité, toujours en mutation, gagnerait à être mieux vulgarisée au Sénégal.

Résumé du colloque

Depuis les années 2000, l’« intersectionnalité » a connu un succès inégalé, notamment dans les études féministes (Bilge, 2015). Alors que cette approche semble être devenue une bonne pratique pédagogique (ibid.), de plus en plus de militant‑e‑s et de chercheur‑se‑s décrient sa dépolitisation, et même son instrumentalisation : l’intersectionnalité devient une marque qui « paraît bien » (Tlostanova,2015). Cette approche se voit même de plus en plus intégrée aux politiques tant nationales qu’internationales (Collins et Bilge, 2016), en plus d’être largement mobilisée par les universitaires, les discours publics ou les organisations internationales. Ce concept et cette approche sont devenus si à la mode que l’on remet en question leur charge heuristique et leur portée critique.

Une telle visibilité des approches intersectionnelles pourrait laisser croire qu’elle s’accompagne d’un rééquilibrage des inégalités sociales multiples que cette approche veut déconstruire. Or, de nombreux travaux démontrent au contraire que les rapports de pouvoir perdurent et se renouvellent, sans compter que la pandémie actuelle a été accompagnée d’un durcissement de ces inégalités touchant notamment différemment des groupes moins privilégiés et plus vulnérables (Froidevaux-Metterie, 2020).

L’année dernière, notre panel s’était concentré sur les approches genrées/féministes. Cette année, nous proposons une rencontre autour de l’engouement quant à l’intersectionnalité. Nous l’articulerons autour de plusieurs axes de réflexion, allant des enjeux liés à l’instrumentalisation de ces approches, aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte d’une hétérogénéité des expériences d’oppression. Quels sont ces interstices et comment leur analyse fait-elle apparaître des réalités sociales jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de ce concept parfois de manière apolitique ne participerait-elle pas à dissimuler les dynamiques inégalitaires plurielles constitutives des rapports de pouvoir? Autant de questions que nous aborderons entre chercheur‑se‑s issu‑e‑s d’horizons divers.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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