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S’engager depuis les marges : des étudiant·e s bénévoles en quête de réparation socio-scolaire ?

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Emily Lopez : Aix-Marseille Université

Résumé de la communication

Cette communication est basée sur une ethnographie de 3 ans au sein de l’association française AFEV, qui propose des séances d’accompagnement scolaire individualisé aux jeunes issus de milieu défavorisé, réalisées par des tuteurs et tutrices universitaires bénévoles. A travers la réalisation d’un questionnaire auprès de 212 bénévoles ainsi que 34 entretiens, nous montrerons qu’une partie non négligeable des bénévoles est issue des mêmes quartiers et établissements scolaires que les jeunes accompagné.es. Pour des dispositifs similaires, différents travaux montrent comment une distance sociale basée sur un cumul des capitaux de la part des tuteurs sert « de fondement à une domination sociale implicite d’autorité » (Allouch & van Zanten, 2008).Ici, l’engagement d’anciens élèves en difficulté scolaire et sociale permet d’analyser la question à nouveaux frais. En effet, ce sont différentes expériences de « minorisation scolaire » (Armagnague-Roucher & Bruneaud, 2016) qui rejaillissent comme des motivations profondes dans l’engagement de ces bénévoles. Marqués par des expériences de rabaissement scolaire, ils et elles décident de s’engager pour transmettre aux jeunes accompagnés le potentiel d’une volonté persévérante pendant les études secondaires. Alors que les chances de réussite dans ce type d’établissement scolaire sont statistiquement faibles, ces jeunes « se serv[ent] de la connaissance du probable pour renforcer les chances du possible (Bourdieu & Boltanski, 2008).

Résumé du colloque

La participation des jeunes en difficulté est un angle mort des sciences sociales. Trop souvent absents des études, ces jeunes sur lesquels on porte le regard sont associés au non-engagement, à un caractère improbable ou aux difficultés de participation. Il en ressort l’impression qu’il est difficile d’intervenir pour promouvoir leur participation politique, sociale ou citoyenne. Cela renforce les perspectives d’analyse orientées vers les manques ou vers les obstacles qu’ils auraient à franchir pour s’engager. Dans le contexte actuel de vogue participationniste ou de promotion tous azimuts de la participation des usagers, certains dispositifs instrumentalisent les jeunes en difficulté pour prévenir leur exclusion sociale, les (ré)insérer.

Nos travaux (Greissler, Lacroix et Morissette, 2020) jettent un éclairage théorique, conceptuel et méthodologique sur ce sujet propulsé sur le devant de la scène politique et sociale. Ce champ de recherche n’étant pas défini, comme l’est par exemple la participation électorale, il est important de réfléchir à ce qu’est la participation des jeunes en difficulté, la manière dont elle émerge et dont on peut l’étudier. Des questions sont ainsi soulevées : 1) Comment définir la participation et circonscrire un objet de recherche qui concerne les jeunes en difficulté, quels outils théoriques mobiliser pour tenir compte de toutes les formes d’engagement, même les plus improbables? 2) Comment prendre en considération la participation selon un processus où les intervenants, et particulièrement les milieux de vie, ont au quotidien, dans le formel et l’informel, un rôle de levier? et 3) Comment traiter des enjeux de recherche comme l’échantillonnage et les biais, le recrutement, la création d’un espace de parole et de recherche, la place et la posture de chercheur-se, les stratégies d’analyse des discours, la prise en compte du contexte d’intervention, entre autres? C’est le but de ce colloque qui devrait pouvoir répondre à certaines questions à partir de travaux récents sur le sujet.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
Discutant-e- de la session : Elisabeth Greissler Isabelle Morissette
section icon Date : 10 mai 2022

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