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Trouver sa place : entre transmission et réinvention des savoirs rituels

MF

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Michèle Fellous : Centre national de la recherche scientifique

Résumé de la communication

Les sociologues analysant l’univers de la modernité font état d’une déritualisation propre aux sociétés occidentales, industrialisées et urbanisées. Celle-ci serait liée à la perte d’emprise des religions, à l’effritement des liens communautaires et à la rationalité du monde moderne. La requête moderne de l’autonomie humaine laisse penser que la personne trouve en elle-même les ressources pour franchir ses épreuves. L’individualisme s’est conquis sur le traditionalisme qui liait indissolublement l’individu à sa communauté d’origine, à son environnement naturel et au monde des ancêtres. En l’absence de rites collectifs porteurs, la démarche par laquelle le sujet va se construire dans nos cultures est un défi permanent : séparations jamais acquises, mises à l’épreuve de soi sans cesse rejouées, identités multiples et éclatées.

À l’encontre de ces réalités propres à nos sociétés modernes avancées démocratiques et libérales, je voudrais présenter quelques rites que j’ai pu étudier, paradoxaux, au sein de cette même société : le premier fut observé dans une famille d’origine sénégalaise de la région parisienne accueillant un nouveau né ; l’autre est un rite encadrant l’entrée dans l’âge adulte d’un adolescent yao, originaire du Laos. Dans la description et l’analyse de ce qui se joue lors de ces cérémonies, nous nous interrogerons sur la dialectique qui s’actualise, ou se réactualise, entre les récits mythiques déclinés, le collectif présent, et l’individu qui semble concerné.

Résumé du colloque

Problématique

Si l’on considère que les savoirs circulent davantage à notre siècle qu’aux précédents, il convient néanmoins de (se) poser la question de leur démocratisation. En effet, une meilleure accessibilité aux savoirs implique-t-elle leur démocratisation? C’est tout l’enjeu de ce colloque.

On interrogera dans ce colloque les savoirs au pluriel, c’est-à-dire tant les savoirs scolaires, officiels (universités, instituts de recherche, etc.), que les savoirs endogènes. Par savoirs endogènes, on inclut les savoirs considérés ou vécus comme traditionnels. Dans cet ordre d’idées, on envisage les rapports entre les savoirs. Mais qui décide de leur visibilité et de leur transmission à grande échelle? Une indéniable concurrence idéologique existe entre des savoirs propres, c’est-à-dire à soi, et des savoirs majoritaires, souvent impropres, non pertinents, parce qu’imposés, trop généralisés (Deleuze et Guattari, 1980 et 1991). C’est également ce que montre le théoricien du contrôle culturel, l’anthropologue mexicain Guillermo Bonfil Batalla (1991), en proposant une catégorisation qui définit les éléments culturels selon que les décisions sont propres ou extérieures. Dans certains de ces cas, il y a résistance à l’absorption d’une culture par une autre.

On peut légitimement s’interroger sur ces conflits entre les savoirs : comment faire pour que la démocratisation n’empêche pas certains savoirs d’être reconnus à leur juste valeur? Nous constatons pourtant que certains éléments culturels de sociétés données peuvent devenir des postulats universalisables (pharmacopées autochtones d’Amazonie, cas des savoirs féminins sur la pêche en Afrique de l’Ouest, etc.), mais sont cependant discrédités et/ou poussés vers l’invisibilité.

Si l’on accepte, avec certains philosophes, que des populations de cultures endogènes et/ou autochtones sont à même de créer des concepts nouveaux, de sens différents, on ne peut nier leur capacité à produire des néologismes ou des sens re-signifiés. C’est donc une question de catégorisation sociale ou raciale, y compris en ce qui concerne l’inégalité entre les sexes. Car la « valence différentielle des sexes » (Héritier, 1996) est en passe de devenir, non sans mal, un objet de recherche légitime avec l’acceptation progressive de l’axiome selon lequel « la question de l’inégalité des sexes est éminemment politique. Ce modèle inégal est la matrice de tous les autres régimes d’inégalité » (Héritier), comme le montre son corollaire, la notion de « sexage » (Guillaumin, 1992).

Le fond de la question serait donc ici la position de subalternité imposée par les dominants dans la dynamique de coexistence des savoirs. Les dominé‑e‑s ont leur propre mode de certification et de validation des savoirs. Après James C. Scott (1990), il est reconnu que les subalternes développent une politique souterraine et résistent, de façon plus ou moins dissimulée, aux discours et aux pouvoirs dominants. Ils et elles imaginent un ordre social différent.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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