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Emmanuelle Piquet : A180degrés
Les souffrances, émotionnelles ou relationnelles, que rencontrent certains enfants, sont à considérer de la manière la plus attentive qui soit. Cependant, nous constatons depuis une vingtaine d’année, une augmentation du recours au diagnostic psychiatrique pour traiter les symptômes et les souffrances associées, qu’elles soient ressenties par l’enfant ou par son entourage. Nous mettons en lien cette épidémie de diagnostics avec quatre facteurs : une médicalisation des inadaptations infantiles, une inquiétude parentale sociétale, un sentiment d’impuissance de l’école et enfin un besoin social d’uniformiser les individus pour mieux les contrôler. On pose ainsi aujourd’hui des diagnostics sur des enfants qui ne sont pas malades.
En considérant l’enfant et ses comportements « troublés » plus comme entité indépendant que comme système en interaction, ce diagnostic génère des solutions centrées sur son dysfonctionnement : si ces solutions atténuent ses symptômes, l’enfant n’y est pour rien, il reste pathologique ; si elles n’ont pas d’effet, les symptômes persistent. Dans les deux cas, son impuissance reste entière.
Nous proposons d’effectuer un diagnostic interactionnel, qui identifie ce que les différents protagonistes, et notamment l’enfant, mettent vainement en place pour apaiser les conséquences des symptômes. Nous proposerons ensuite une modification radicale des interactions, dont découle souvent un vrai apaisement, comme nous l’illustrerons par deux vignettes cliniques.
Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.
Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.
Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.
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