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Audrey Noël : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les violences corporelles et institutionnelles envers les femmes aux prises avec un trouble de la conduite alimentaire (TCA) sont omniprésentes dans les pratiques de santé. Plusieurs de ces femmes dénoncent des méthodes de traitement coercitives, de la grossophobie médicale, l’addition de diagnostics erronés et même une exclusion aux services d’aide spécialisés. Dans une société où l’entretien, le contrôle et la surveillance des corps des femmes prédominent, les pratiques de santé qui en découlent s’inscrivent dans un discours de responsabilisation individuelle. Cette culture d’intervention encourage la maîtrise de soi et de son corps, ce qui tend vers des pratiques oppressives envers celles qui dévient les normes de santé prescrites par notre société, et ainsi qui dépassent la limite floue entre le normal et le pathologique. Ces interventions entraînent une souffrance importante chez les femmes aux prises avec un TCA et peuvent même être traumatisantes pour celles-ci. Par le biais d’une approche féministe postmoderniste, nous visons la mise en pratique d’une intervention de groupe pour les femmes souffrant des TCA qui dénonce les violences corporelles et institutionnelles découlant des enjeux de pouvoir psychiatrique et du contrôle social. Dans une pratique sensible aux traumas, cette intervention se veut un espace de partage de leurs vécus corporels et émotionnels et de leurs savoirs expérientiels afin de remettre en question et déconstruire ces pratiques oppressives.
Les récentes orientations de l’Organisation mondiale de la santé (2021) font état de violations persistantes des droits humains en santé mentale, s’exprimant par le maintien du recours à la coercition comme traitement et de difficultés d’accès aux services offerts en communauté. Le recours à la coercition, fortement enchevêtré à la culture d’intervention psychiatrique, tend également à s’étendre au champ social. L’utilisation grandissante de procédures médico-légales autorisant l’hospitalisation et le traitement involontaires (Lebenbaum et al., 2018; Sashidharan, Mezzina et Puras, 2019), tout comme le recours aux tribunaux spécialisés en santé mentale, constitue les exemples contemporains les plus évidents d’une tendance lourde à la judiciarisation des pratiques d’intervention.
Une logique implacable d’exceptionnalisme expose les limites du droit sur le traitement réservé aux personnes vivant avec un problème de santé mentale. Cette logique est décrite comme une situation où « la psychiatrie revendique un statut spécial par rapport aux autres disciplines médicales […] et […] cumulativement, ces tentatives d’être ou de paraître exceptionnel ont pour effet involontaire de renforcer l’image des psychiatres et de leurs patients comme des figures d’exception » (Kontos, Freudenreich et Querques, 2018). Cette logique d’exception se caractérise par un ensemble diversifié de pratiques de contrôle social attribuant aux intervenants médico-sociaux un important pouvoir discrétionnaire. Elle cible les populations marginales et « procède à un ciblage des segments de la société considérés comme à risque, un quadrillage disciplinaire dense et une surveillance de tous les instants » (Berthelet, 2015).
Ce colloque proposera d’analyser cette problématique selon une perspective interdisciplinaire et intersectorielle. Il fera appel à différents acteurs issus de domaines diversifiés, tels que le droit, la sociologie, l’intervention communautaire, le travail social ou les soins infirmiers. L’objectif poursuivi lors de cette journée sera de discuter des enjeux d’accès à la justice et de mise en œuvre des droits humains en santé mentale. Différentes stratégies susceptibles de soutenir une transformation durable des pratiques seront discutées. Les discussions et les réflexions proposées tiendront compte des enjeux systémiques et structurels contribuant aux difficultés de mise en œuvre des droits humains en santé mentale, des contextes d’intervention, de l’expérience des personnes concernées et des pratiques de soutien et d’accompagnement favorables à la reconnaissance de ces droits.
Titre du colloque :