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Steve Déry : Université Laval
Il est connu et démontré que les inégalités génèrent des problèmes socioéconomiques et environnementaux graves, et que les deux se nourrissent et se renforcent mutuellement. D’aucuns sont d’accord pour réduire les inégalités; et les projets innovants et aux impacts positifs sont nombreux, dans toutes les régions du monde, autant aux niveaux locaux que celui de certains États. Pourquoi alors les inégalités continuent-elles d’augmenter globalement et dans beaucoup de régions du monde, freinant, empêchant même, par exemple, les efforts pour réduire l’impact des changements climatiques? Le principal problème pour résoudre cette équation, c’est l’existence de verrous. Coincés à différents niveaux géographiques dans les systèmes socioéconomiques et politiques, ils empêchent d’éliminer les sources des nuisances. Dans ce système, les efforts de réduction des inégalités, en apparence cosmétiques à cause des verrous, sont plus efficaces quel que soit leur niveau étatique quand ils sont mieux ciblés, mieux additionnés pour générer les consensus nécessaires à l’action politique. L’objectif de cette communication est de contribuer à réduire l’impact des verrous en les analysant d’une manière multiscalaire, en identifiant leur position relative et les forces à mobiliser pour les « déverrouiller ». Pour ce faire, une grille d’analyse multiscalaire spatiotemporelle sera utilisée, couplée aux concepts de territoire et de travail (énergie plus information) développés par Raffestin.
Notre prémisse commence avec les inégalités : la santé de la planète pour la vie humaine est dépendante de notre capacité à les réduire. Même si, en 2022, il n’est pas très original de les dénoncer, on les voit maintenant sur toutes les tribunes, dans tous les médias, dans les rapports gouvernementaux, dans ceux des organisations internationales, dans les articles scientifiques, dans les livres. Pourtant, on constate que les inégalités demeurent. Une action visant à réduire les inégalités doit être concertée, systémique, sur plusieurs niveaux en même temps, et même en dehors du système, comme en témoigne par exemple le cas des paradis fiscaux (Denault, 2016). Ceux-ci augmentent les inégalités et exacerbent les tensions dans le système.
Les liens entre inégalités et problèmes environnementaux sont bien établis : l’écart croissant entre les riches et les pauvres entraîne des conséquences environnementales de plus en plus négatives (Boyce, 2018; Hamann et al., 2018; Islam, 2015). Les inégalités plongent toutes les sociétés dans des crises interreliées : environnementale, climatique, énergétique, agricole, économique, sociale, de santé publique. Elles procèdent d’un système économique prédateur dont la raison d’être est l’accumulation du capital par la dépossession du travail des plus vulnérables et la simplification des écosystèmes et des relations sociales pour les transformer en ressources marchandes. Et les manifestations des inégalités qui en résultent sont visibles à tous les niveaux de l’organisation socioéconomique et politique. Ce système a été édifié au gré de luttes de pouvoir qui ont permis à certains intérêts et conceptions du monde de s’imposer. Il pourrait en être autrement.
On sait aussi maintenant que les sociétés plus égalitaires sont plus heureuses, vivent mieux, en meilleure santé (Wilkinson et Pickett, 2009) et ont une meilleure relation à la nature et à leur environnement (Bookchin, 1990). Toutefois, peu de travaux se sont penchés sur la question des transformations systémiques nécessaires pour réduire les inégalités, malgré la reconnaissance de leur importance (Folke et al., 2021). Une réduction draconienne et rapide des inégalités à tous les niveaux constitue notre seule option pour affronter avec succès les énormes défis du 21e siècle, y compris l’urgence climatique (Klein, 2014). Telle est l’hypothèse et la ligne directrice qui guide notre démarche.
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