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Membre a labase
Romain Amaro : Université Paris Nanterre
Dans un texte resté célèbre, Erving Goffman propose un cadre conceptuel pour l’analyse de ce qu’il appelle « l’adaptation à l’échec ». Il propose un concept de « jobard ». Pour Goffman, « le jobard est quelqu’un qui s’est compromis, sinon aux yeux d’autrui, du moins à ses propres yeux ». Il souligne que calmer le jobard, c’est aussi calmer le drogué[1]. Je propose un cas d’étude : le moment où l’ethnographe est attiré dans une combine et qu’il est pris pour un « jobard ». J’exposerai les enjeux de l’emprise du sensible lors d’une enquête sur le chemsex[2].Comment analyser les emprises sensorielles (honte, paranoïa, hilarité)[3] d’un point de vue de l’ethnographie ? J’explorerai là les enjeux de « réduction des risques par le bas » et le voilement/dévoilement de soi émotionnel.
[1] Erving Goffman (1969) parle du moment où les acteurs « prennent de la valeur » : « les gens qui tombent amoureux ou ceux qui se droguent disent qu’ils sont accrochés ».
[2] Chemsex : désigne l’association de drogues et de sexualité entre hommes bisexuels ou homosexuels . Les éléments présentés dans ce texte rassemblent les résultats d’une enquête de master et doctorat effectué de 2013 à 2018 pour le terrain et de 2019 à 2022 pour l’écriture. Cette scène renvoie à un moment où les enquêtés consomment du free-base et s’adonnent à des pratiques homo-érotiques.
[3] Les sentiments de honte et de paranoïa ont déjà été étudié d’un point de vue politique et philosophique. Voir Eribon 2009, Mieli. 2008
Ce colloque vise à penser les nouvelles méthodologies et les nouvelles écritures susceptibles de rendre compte de la dimension émotionnelle de la vie sociale. Nous proposons ici d’interroger les enjeux méthodologiques et épistémologiques que soulèvent la prise en compte et l’analyse des émotions en sciences sociales. Nous examinerons en particulier comment cette dimension du sensible se pose concrètement dans les recherches (depuis leurs conceptions problématiques et méthodologiques jusqu’à la diffusion des savoirs produits) et ce qu’elle induit sur nos manières de connaître.
Si la prise en considération de nos émotions dans les activités d’enquête est souvent appréhendée comme un enjeu de connaissance, elle semble aussi à l’origine d’un véritable renouvellement de nos méthodologies à travers des expérimentations, de nouvelles formes d’enquête et d’écriture, ouvertes et imaginatives (nouvelles narrations sociologiques, récits audiovisuels ou sonores, récits graphiques, performance, etc.). Nous tenterons ici d’objectiver cette emprise du sensible dans les recherches grâce à l’examen de ses mises en jeu et en forme, tout en interrogeant leurs effets sur le façonnement des sciences sociales.
Titre du colloque :