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Emotions that matter. Normes et affects dans l’université néolibérale

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Sklaerenn Le Gallo : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Dans cette communication, j’interrogeai l’idée suivante : les émotions et les affects des personnes marginalisées s’inscrivent-ils dans une « guerre des valeurs » (Simonet, 2020) au sein de l’académie néolibérale ?

Si le « militantisme joyeux » participe d’une transformation affective nécessaire aux luttes pour l’émancipation (Federici, 2020; Grossberg, 1992, 2018), l’injonction au bonheur néolibérale vise à domestiquer l’imprévisibilité des affects et à réguler les émotions. Dans un premier temps, nous interrogerons la manière dont les affects et les émotions « négatifs », ceux qui résistent aux normes institutionnelles, sont reçus dans l’université néolibérale. Dans un second temps, nous revenons sur la notion d’empathie (Pedwell 2014) pour proposer une réinterprétation. Nous souhaitons souligner le paradoxe actuel de choisir de mettre de l’avant une posture d’empathie émotionnelle – la capacité à ressentir les émotions d’autrui – aux dépens d’une posture d’empathie cognitive – la capacité à comprendre la perspective d’autrui en adoptant son point de vue (Decety & Lamm, 2006).

Il s’agira ainsi d’articuler une proposition épistémologique du point de vue (standpoint) et une proposition politique d’engagement en m’appuyant sur une littérature portant sur la manière dont s’entremêlent enjeux affectifs et dimensions politiques des significations et des représentations (Ahmed, 2012, 2013, 2021; Berlant, 2008, 2011; Cvetkovich, 2003; Ngai, 2007; Staiger et al., 2010).

Résumé du colloque

L’évolution des médias, de la communication, du numérique et des données massives interroge à nouveaux frais les problématiques de genre, et vice versa. Les études féministes et les études sur le genre en communication font d’ailleurs l’objet d’une grande effervescence ces dernières années dans la francophonie. Plusieurs dossiers de revues scientifiques en communication ont abordé ces questions (Recherches féministes, 2020; Revue française des sciences de l’information et de la communication, 2014; Revue africaine de communication, 2017). Les études du genre articulées aux communications et aux médias prennent de l’envergure (Brun et al., 2020), et des approches du genre en communication prennent forme au confluent des systèmes d’information et de communication, des études culturelles et des études de genre (Cervulle et Rees-Roberts, 2010; Biscarrat, 2019; Damian-Gaillard et al., 2014; Lallet, 2014; Lécossais, 2020). Cette rencontre est féconde et nécessaire « tant l’information comme la communication sont structurées par le genre » (Coulomb-Gully 2010, dans Biscarat, 2019).

L’objectif de ce colloque est d’approfondir et actualiser cette interrelation entre genre et communication. Prenant acte du pouvoir critique du genre à dévoiler les constructions sociales et politiques que dissimulent les concepts et savoirs (Blandin, et al., 2017; Dalibert, 2014), ce colloque vise également à rassembler des chercheur.e.s francophones et à faire état des travaux actuels sur trois plans.

● Éthique : Il s’agit d’interroger les responsabilités des chercheur.e.s, leur rapport de pouvoir sur le terrain, la circulation des biais de genre dans les dispositifs sociotechniques et les constructions symboliques. Les enjeux éthiques sous-jacents au poids du binarisme de genre dans la production algorithmique et médiatique (Arnold, 2016), au numérique qui brouille les catégories, défait et refait les rapports de genre (Boisvert, 2020).

● Méthodologique : L’émergence de nouveaux objets fait poindre des méthodes féministes sui generis. Quelle démarche ou méthode le genre peut constituer pour décoder les significations des dispositifs (Coulomb-Gully, 2010; Julliard, 2013; Julliard et Quenemer, 2014). Le numérique, les nouvelles dynamiques de circulation, production et réception, les données massives posent de nouveaux défis au genre (Luka et Millette, 2018; Boisvert et Bélanger, 2020). L’importance que prennent la coconstruction des savoirs, le savoir incarné ou situé est soulevée (Haraway, 1988; Delphy, 2009).

● Épistémologique : Dévoiler les implicites de la démarche scientifique (Biscarrat, 2013) et les façons dont la posture, la positionnalité, le « corps genré » des chercheur.e.s (Galinon-Mélénec et al, 2008) altèrent le rapport à l’objet. Il s’agit de proposer des pistes pour concevoir une science (féministe) plus juste, plus éthique, plus équitable et plus inclusive (Bourdeloie, 2018, 2020; Le Gallo et Millette, 2019, Brun, 2020).

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 11 mai 2022

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