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Melissa Moriceau : Université de Montréal
Cette proposition de communication repose sur l’exploration des « espaces intérieurs » juvéniles à partir d’une pratique qui dérange et qui est souvent mal comprise : la consommation de champignons hallucinogènes. Popularisées dans les années 1960 sous la bannière de la contre-culture, les drogues psychédéliques attirent aujourd’hui l’attention de la science pour ses effets thérapeutiques (Riley et Blackman, 2009 ; Carhart-Harris et al., 2017). À travers cette « renaissance psychédélique » (Sessa, 2013 ; Langlitz, 2013), les recherches se concentrent principalement dans le champ de la psychologie, de la neurologie et de la pharmacologie: la sociologie reste très silencieuse sur les usages de ces substances par les jeunes. Cette communication cherche donc à explorer comment la consommation de champignons hallucinogènes influence les identités des jeunes et leur vision du monde. Elle s’appuie sur une enquête réalisée à l'été 2021 durant lequel j’ai rencontré 15 jeunes consommateur-trice-s régulier-ère-s. Certain-e-s ont consenti à des entrevues semi-dirigées « classiques », d’autres à des observations pendant la consommation suivies d'entrevues à la fin du « voyage ». Les résultats révèlent que les psychédéliques constituent pour les jeunes des véhicules vers des « espaces intérieurs »: ils facilitent la confrontation avec leur intimité et leur identité. Dans un monde parfois considéré comme absurde, la consommation de psychédéliques incarne une quête de sens et de soi.
Ce colloque propose, à partir des travaux conduits dans le cadre d’une recherche partenariale comparative (TRYSPACES), de revenir sur le rôle des jeunes dans les transformations culturelles, sociales, économiques et politiques des espaces publics de quatre villes (Hanoï, Montréal, Mexico, Paris). Visibles dans les espaces publics par effets de pratiques spécifiques qui interpellent, déforment, dérangent et repoussent les limites imposées par les normes et la régulation sociales, les jeunes avec lesquelles nous travaillons depuis 2017 transgressent l’ordre établi des villes contemporaines, soit par choix (les pratiques transgressives peuvent être attrayantes), soit par nécessité (par exemple pour « prendre place » malgré les contraintes sociales, légales ou urbanistiques). Leur présence publique, surtout quand elle est de longue durée, statique, nocturne, génère une stigmatisation et une réprobation à géométrie variable, en fonction de leurs identités multiples. Loin de constituer un groupe monolithique, leur expérience de l’espace public est en effet définie par le contexte socioculturel et politique, mais aussi par le fait d’être une fille, un-e jeune racisé-e, autochtone, de vivre avec un handicap ou d’habiter un quartier excentré. Par l’entremise de plusieurs études de cas menées par des chercheur-euses, des étudiant-es et des jeunes basé-es à Montréal et dans les autres villes du projet, ce colloque réfléchira à la façon dont les jeunes utilisent les espaces publics et aux déterminants de la perception de ces usages comme transgressifs. Quelles sont les conséquences de ces pratiques dites transgressives sur la régulation des espaces publics et la gouvernance urbaine? Comment les jeunes procèdent-ils et elles pour s’approprier certains espaces? En quoi ceci contribue-t-il à la constitution de leur identité, leur permet-il d’exprimer leur vision du monde et de se faire une place dans un monde de plus en plus urbain et interconnecté?
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