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Philippe Verreault-Julien : Eindhoven University of Technology
Les systèmes d’intelligence artificielle (SIA) sont souvent jugés comme étant opaques. Considérant certaines données d’entrée, nous ne savons pas toujours pourquoi ou comment les systèmes arrivent aux résultats qu’ils produisent. L’opacité des SIA soulève de multiples enjeux épistémologiques et éthiques dans la mesure où ils sont utilisés dans des contextes ayant des conséquences sur le bien-être des personnes. Une solution proposée pour réduire l’opacité consiste à générer des explications contrefactuelles (e.g. Wachter, Mittelstadt, et Russell 2018). Ces explications arrivent à des résultats différents en utilisant des données d’entrée contrefactuelles. On considère généralement que la diversité des explications est souhaitable (e.g. Mothilal, Sharma, et Tan 2020). Or, les justifications morales en faveur de la diversité sont actuellement manquantes. Cet article fournit deux justifications se basant sur des approches contemporaines du bien-être, soit la satisfaction des préférences et l’approche par les capabilités. Je montre que la diversité des explications contrefactuelles est souhaitable selon ces deux approches, appuyant ainsi sa pertinence. En bref, je montre que la diversité des explications permet aux utilisatrices des SIA de mieux satisfaire leurs préférences ou d’exercer leurs capabilités. Par conséquence, celle-ci peut contribuer à la promotion du bien-être.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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