Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Mohamed Lamine Rhimi : Université de Tunis
La rhétorique de Glissant s’apparente organiquement à l’heuristique pour revisiter l’Histoire de la Traite négrière dans l’intention d’autoriser sa littérature à en démêler le mystère. C’est ainsi, à notre avis, que l’écrivain réussit à conclure un pacte entre la rhétorique et la littérature, qui change la donne anthropologique dans l’aire des Caraïbes. C’est ainsi aussi que se profile le projet littéraire glissantien, qui a trait à l’historiographie, à l’archéologie, à l’ethnologie et dont l’une des questions fondamentales est annoncée dès l’origine, dans La Lézarde (1958) : « Comment comprendre cet homme [antillais]? ». Telle est l’assise sur laquelle fonctionnent les liaisons dialectiques qui se tissent entre la rhétorique et la poétique de Glissant. Ces liaisons privilégient l’investigation archéologique comme méthode heuristique, permettant au romancier de percer les secrets du réel antillais et de récuser toute forme de folklorisation. C’est la particularité de cette heuristique qui est menée dans Le Discours antillais : « La misère de nos pays n’est pas seulement présente, patente. Elle comporte une dimension d’histoire […] dont le seul réalisme ne rend pas compte. C’est pourquoi les ouvrages dont je parle sombrent souvent dans une folklorisation simplifiée qui annihile leur effort d’investigation ». Quelles articulations s’établissent-elles alors entre l’heuristique et la rhétorique dans l’esthétique glissantienne? Quel en est l’enjeu sémiotique et artistique?
Les études sémiotiques et l’anthropologie connaissent des recoupements disciplinaires évidents, qui ne sont toutefois pas toujours reconnus ou travaillés comme tels. Toutes deux constituent des champs disciplinaires très vastes, qui comprennent des sous-domaines d’étude relativement autonomes, dont l’objet est dans tous les cas multiforme. Si l’anthropologie étudie l’humain, les sociétés et les cultures humaines, elle multiplie pour ce faire ses focales, ses méthodes, ses approches et ses visées, se penchant tant sur le processus biologique d’hominisation et les vestiges archéologiques des sociétés passées que sur la dimension symbolique et les diverses pratiques inhérentes aux cultures et sous-cultures contemporaines. De leur côté, les études sémiotiques traitent des signes et des médiations au moyen desquels les êtres vivants communiquent, interprètent et organisent le monde symbolique et pratique dans lequel ils évoluent au quotidien. En restreignant l’objet de la sémiotique à la sphère d’influence de l’activité humaine, et en considérant l’activité signifiante comme base de toute interaction humaine, nous posons que signe et sens commun forment un seuil pour l’étude des pratiques et des cultures humaines. Mais encore faut-il montrer la pertinence d’établir un seuil aussi fondamental. Ce colloque invite les chercheurs·euses œuvrant en sémiotique, en anthropologie (ou disciplines connexes : ethnologie, linguistique, sociologie, arts et lettres, communication, etc.) à venir partager l’état de leurs recherches et travaux sur les signes humains. Nous intéressent : les pratiques sémiotiques ordinaires, politiques ou artistiques, et plus largement les systèmes de signes, de croyances et l’implication des axiologies sur les échanges et la circulation des biens symboliques dans l’espace public, au sein des groupes humains et des cultures, les méthodes d’enquête en vue d’étudier de tels phénomènes aussi bien que les excursions théoriques qui en découlent.
Titre du colloque :