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Geneviève Nault : Université Laval
Notre société est empreinte d’un système profondément ancré de discrimination à l’égard des personnes psychiatrisées. Cette discrimination sous-tend l’injustice épistémique, une forme d’oppression qui marginalise, voire met sous silence, leur savoir. Celles-ci continuent ainsi d’être étiquetées comme instables, imprévisibles, irrationnelles et dangereuses. Cette fausse adéquation entre maladie mentale et dangerosité justifie leur prise en charge, notamment par le système pénal. Afin de pallier la surreprésentation des personnes psychiatrisées dans le système pénal, on assiste depuis la fin du XXe siècle à la création de tribunaux spécialisés en santé mentale qui, s’appuyant sur le principe de justice thérapeutique, utilisent le levier du système pénal pour augmenter l’adhésion aux services en santé mentale afin de réduire le risque de récidive tout en évitant l’emprisonnement. Malgré leur visée bienveillante, ces tribunaux sont critiqués pour leur potentiel coercitif et leur nature paternaliste. Bien que plusieurs études aient accompagné la prolifération de ces tribunaux spécialisés, la prise en compte de la perspective des personnes qui y sont soumises demeure marginale. Comment vivent-elles cette expérience? Se sentent-elles écoutées dans ce processus? Cette communication présente les réflexions sur l'injustice épistémique en santé mentale et l’importance de la valorisation des savoirs marginalisés qui ont mené à la conception de mon projet de thèse doctorale.
Les récentes orientations de l’Organisation mondiale de la santé (2021) font état de violations persistantes des droits humains en santé mentale, s’exprimant par le maintien du recours à la coercition comme traitement et de difficultés d’accès aux services offerts en communauté. Le recours à la coercition, fortement enchevêtré à la culture d’intervention psychiatrique, tend également à s’étendre au champ social. L’utilisation grandissante de procédures médico-légales autorisant l’hospitalisation et le traitement involontaires (Lebenbaum et al., 2018; Sashidharan, Mezzina et Puras, 2019), tout comme le recours aux tribunaux spécialisés en santé mentale, constitue les exemples contemporains les plus évidents d’une tendance lourde à la judiciarisation des pratiques d’intervention.
Une logique implacable d’exceptionnalisme expose les limites du droit sur le traitement réservé aux personnes vivant avec un problème de santé mentale. Cette logique est décrite comme une situation où « la psychiatrie revendique un statut spécial par rapport aux autres disciplines médicales […] et […] cumulativement, ces tentatives d’être ou de paraître exceptionnel ont pour effet involontaire de renforcer l’image des psychiatres et de leurs patients comme des figures d’exception » (Kontos, Freudenreich et Querques, 2018). Cette logique d’exception se caractérise par un ensemble diversifié de pratiques de contrôle social attribuant aux intervenants médico-sociaux un important pouvoir discrétionnaire. Elle cible les populations marginales et « procède à un ciblage des segments de la société considérés comme à risque, un quadrillage disciplinaire dense et une surveillance de tous les instants » (Berthelet, 2015).
Ce colloque proposera d’analyser cette problématique selon une perspective interdisciplinaire et intersectorielle. Il fera appel à différents acteurs issus de domaines diversifiés, tels que le droit, la sociologie, l’intervention communautaire, le travail social ou les soins infirmiers. L’objectif poursuivi lors de cette journée sera de discuter des enjeux d’accès à la justice et de mise en œuvre des droits humains en santé mentale. Différentes stratégies susceptibles de soutenir une transformation durable des pratiques seront discutées. Les discussions et les réflexions proposées tiendront compte des enjeux systémiques et structurels contribuant aux difficultés de mise en œuvre des droits humains en santé mentale, des contextes d’intervention, de l’expérience des personnes concernées et des pratiques de soutien et d’accompagnement favorables à la reconnaissance de ces droits.
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