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Marilyn Coupienne : Université d'Ottawa
Des études ont démontré que les juges de la Chambre de la jeunesse et les intervenantes sociales de la DPJ entretiennent des représentations sociales négatives à l’égard des parents défavorisés, notamment suivis pour le motif de négligence. La négligence est d’ailleurs libellée généreusement dans la Loi sur la protection de la jeunesse, accordant une grande discrétion aux acteurs sociojudiciaires qui statueront subjectivement sur la compromission de la sécurité ou du développement d’un enfant. Une fois les familles intégrées au système de la protection de la jeunesse, leurs problématiques et leurs besoins font l’objet d’une inscription institutionnelle où survient une redéfinition clinique et juridique de leur vie. Je présenterai les résultats issus d’une analyse quantitative de 100 dossiers judiciaires collectés à la Chambre de la jeunesse de Montréal sur la négligence. À partir des documents contenus dans ces dossiers judiciaires, j’ai soutiré une centaine d’attributs sur la situation familiale. Ces documents sont révélateurs du contexte sous-jacent à la négligence et des difficultés familiales et parentales. Ils sont aussi symptomatiques d’un profilage social de la part des acteurs puisque leurs discours et leurs pratiques se reflètent dans leurs écrits et manifestent leurs représentations sociales de la négligence.
Le profilage de différentes populations, qu’il soit racial, social, politique ou intersectionnel, conduit à leur judiciarisation et prend une ampleur considérable (Wellman, 2013). Cette expansion témoignerait de l’accroissement du pouvoir judiciaire et de ses acteurs (Commaille et Dumoulin, 2009). Au Québec, l’adoption récente de la loi 32 visant principalement à favoriser l’efficacité de la justice pénale et à établir les modalités d’intervention de la Cour du Québec dans un pourvoi en appel (Ministère de la Justice, 2020) risque d’accentuer davantage ce phénomène puisqu’elle favorise les initiatives comme des programmes sociaux en contexte judiciaire. À cela s’ajoutent des approches comme la justice thérapeutique (Dumais Michaud, 2019), la justice orientée vers la résolution des problèmes (Miller et Johnson, 2009) ou encore la justice réparatrice (Ministère de la Justice, 2018; Wemmers, 2003) s’insérant dans différentes formes de tribunaux ou de programmes spécialisés (Quirouette, Hannah-Moffat et Maurutto, 2016; Raffestin, 2020). Ces initiatives témoignent de la transformation quant au rôle du système judiciaire : il s’impose de plus en plus comme un acteur clé dans les réponses aux problèmes sociaux, voire dans la mise en place des politiques sociales.
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