pen icon Colloque
quote

La santé en mentale en travail social en France : enjeu de justice sociale

CA

Membre a labase

Christelle Achard : Université de CaenNormandie

Résumé de la communication

Dans quelle mesure les questions de santé mentale en travail social viennent-elles mettre en exergue notre conception de la justice sociale, et impacter sa mise en actes ? Cette communication entend proposer une réflexion sur l’organisation et l’évolution du paysage des prises en charge en travail social en France, sous le prisme de la santé mentale. Nous en proposerons une analyse selon trois dimensions : le développement des questions de santé mentale en travail social d’une part (Fassin, 2004); la persistance d’une frontière entre handicap psychique et maladie mentale d’autre part (Bauduret, 2017) ; et l’existence d’une forte préoccupation pour les « conduites à risque » (Serrano, 2008) des usagers du secteur social, enfin. Pour chacun de ces aspects, nous nous interrogerons sur les frontières dessinées avec les autres secteurs d’intervention (sanitaire, médico-social, psychiatrique, judiciaire), sur leur traduction concrète (transformation des institutions et des organisations), et sur leurs liens avec l’évolution de notre modèle de justice sociale. Nous présenterons, en guise d’ouverture, des dispositifs de prise en charge qui semblent s’inscrire à contre-courant des mouvements de fond étudiés.

Résumé du colloque

Les récentes orientations de l’Organisation mondiale de la santé (2021) font état de violations persistantes des droits humains en santé mentale, s’exprimant par le maintien du recours à la coercition comme traitement et de difficultés d’accès aux services offerts en communauté. Le recours à la coercition, fortement enchevêtré à la culture d’intervention psychiatrique, tend également à s’étendre au champ social. L’utilisation grandissante de procédures médico-légales autorisant l’hospitalisation et le traitement involontaires (Lebenbaum et al., 2018; Sashidharan, Mezzina et Puras, 2019), tout comme le recours aux tribunaux spécialisés en santé mentale, constitue les exemples contemporains les plus évidents d’une tendance lourde à la judiciarisation des pratiques d’intervention.

Une logique implacable d’exceptionnalisme expose les limites du droit sur le traitement réservé aux personnes vivant avec un problème de santé mentale. Cette logique est décrite comme une situation où « la psychiatrie revendique un statut spécial par rapport aux autres disciplines médicales […] et […] cumulativement, ces tentatives d’être ou de paraître exceptionnel ont pour effet involontaire de renforcer l’image des psychiatres et de leurs patients comme des figures d’exception » (Kontos, Freudenreich et Querques, 2018). Cette logique d’exception se caractérise par un ensemble diversifié de pratiques de contrôle social attribuant aux intervenants médico-sociaux un important pouvoir discrétionnaire. Elle cible les populations marginales et « procède à un ciblage des segments de la société considérés comme à risque, un quadrillage disciplinaire dense et une surveillance de tous les instants » (Berthelet, 2015).

Ce colloque proposera d’analyser cette problématique selon une perspective interdisciplinaire et intersectorielle. Il fera appel à différents acteurs issus de domaines diversifiés, tels que le droit, la sociologie, l’intervention communautaire, le travail social ou les soins infirmiers. L’objectif poursuivi lors de cette journée sera de discuter des enjeux d’accès à la justice et de mise en œuvre des droits humains en santé mentale. Différentes stratégies susceptibles de soutenir une transformation durable des pratiques seront discutées. Les discussions et les réflexions proposées tiendront compte des enjeux systémiques et structurels contribuant aux difficultés de mise en œuvre des droits humains en santé mentale, des contextes d’intervention, de l’expérience des personnes concernées et des pratiques de soutien et d’accompagnement favorables à la reconnaissance de ces droits.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 11 mai 2022

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :