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Louis Jacob : UQAM - Université du Québec à Montréal
S’appuyant sur les premiers résultats d’une recherche en cours sur l'œuvre de l'écrivain français Jean Paulhan (1884-1968), la communication présente d’abord une analyse sémiotique de trois microrécits de Jean Paulhan — Orpaillargues, Les cœurs changent et Égyptiennes —, analyse qui tente de montrer comment y est déconstruit le regard anthropologique. Dans un deuxième temps, cette fois dans une perspective davantage sociocritique, les microrécits sont mis en parallèle avec l’essai pseudo ethnographique de 1909 intitulé Le repas et l'amour chez les Mérinas. Dans un troisième temps, il s’agira d’évaluer dans quelle mesure les propositions souvent déconcertantes de Paulhan en vue d’une science de l’interprétation (qu’on trouve dans Le traité du ravissement, Les fleurs de Tarbes, Clef de la poésie, Petite préface à toute critique, ou Le don des langues) contribuent à créer des ponts interdisciplinaires, et à revaloriser l’expérimentation et la recherche-création dans les sciences humaines. Paulhan est en outre l’auteur d’une poétique qui s’inspire à la fois de la sémiotique et de la pragmatique, et de plusieurs essais proches de l’anthropologie culturelle et de l’anthropologie cognitive, à bien des égards précurseurs des problématiques actuelles.
Les études sémiotiques et l’anthropologie connaissent des recoupements disciplinaires évidents, qui ne sont toutefois pas toujours reconnus ou travaillés comme tels. Toutes deux constituent des champs disciplinaires très vastes, qui comprennent des sous-domaines d’étude relativement autonomes, dont l’objet est dans tous les cas multiforme. Si l’anthropologie étudie l’humain, les sociétés et les cultures humaines, elle multiplie pour ce faire ses focales, ses méthodes, ses approches et ses visées, se penchant tant sur le processus biologique d’hominisation et les vestiges archéologiques des sociétés passées que sur la dimension symbolique et les diverses pratiques inhérentes aux cultures et sous-cultures contemporaines. De leur côté, les études sémiotiques traitent des signes et des médiations au moyen desquels les êtres vivants communiquent, interprètent et organisent le monde symbolique et pratique dans lequel ils évoluent au quotidien. En restreignant l’objet de la sémiotique à la sphère d’influence de l’activité humaine, et en considérant l’activité signifiante comme base de toute interaction humaine, nous posons que signe et sens commun forment un seuil pour l’étude des pratiques et des cultures humaines. Mais encore faut-il montrer la pertinence d’établir un seuil aussi fondamental. Ce colloque invite les chercheurs·euses œuvrant en sémiotique, en anthropologie (ou disciplines connexes : ethnologie, linguistique, sociologie, arts et lettres, communication, etc.) à venir partager l’état de leurs recherches et travaux sur les signes humains. Nous intéressent : les pratiques sémiotiques ordinaires, politiques ou artistiques, et plus largement les systèmes de signes, de croyances et l’implication des axiologies sur les échanges et la circulation des biens symboliques dans l’espace public, au sein des groupes humains et des cultures, les méthodes d’enquête en vue d’étudier de tels phénomènes aussi bien que les excursions théoriques qui en découlent.
Titre du colloque :