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Eric Gagnon : VITAM-Centre de recherche en santé durable
On pourrait penser que la pudeur appartient à un autre âge, qu’elle n’est plus un souci à une époque où l’on valorise l’authenticité, la transparence et le témoignage. Mais il n’en est rien, et particulièrement dans les soins de longue durée, où la pudeur demeure une préoccupation très vive. La pudeur est davantage qu’une simple règle de bienséance : elle est à la fois un sentiment, où se mêlent différentes émotions, et une conduite en réaction à une situation. Nous en ferons l’examen à partir d’une expérience de recherche en centre d’hébergement. Nous verrons comment elle peut être un objet d’étude pertinent pour le sociologue, en quoi elle est révélatrice des formes de relations qu’entretiennent les individus, de leur conception de la personne et de leurs rapports à leurs émotions. Nous verrons également qu’elle est un principe moral que le sociologue se doit lui-même de respecter lorsqu’il mène ses observations sur le terrain, ainsi que dans la manière dont il en rend compte par la suite. Dans tous les cas, la pudeur exige une forme de maîtrise des émotions.
Ce colloque vise à penser les nouvelles méthodologies et les nouvelles écritures susceptibles de rendre compte de la dimension émotionnelle de la vie sociale. Nous proposons ici d’interroger les enjeux méthodologiques et épistémologiques que soulèvent la prise en compte et l’analyse des émotions en sciences sociales. Nous examinerons en particulier comment cette dimension du sensible se pose concrètement dans les recherches (depuis leurs conceptions problématiques et méthodologiques jusqu’à la diffusion des savoirs produits) et ce qu’elle induit sur nos manières de connaître.
Si la prise en considération de nos émotions dans les activités d’enquête est souvent appréhendée comme un enjeu de connaissance, elle semble aussi à l’origine d’un véritable renouvellement de nos méthodologies à travers des expérimentations, de nouvelles formes d’enquête et d’écriture, ouvertes et imaginatives (nouvelles narrations sociologiques, récits audiovisuels ou sonores, récits graphiques, performance, etc.). Nous tenterons ici d’objectiver cette emprise du sensible dans les recherches grâce à l’examen de ses mises en jeu et en forme, tout en interrogeant leurs effets sur le façonnement des sciences sociales.
Titre du colloque :