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Jean-François Lae : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
On oppose habituellement quatre figures d’archives : celle qui, avec ses petits papiers de gestion et les dossiers de chaque membre de la maisonnée, relève de l’individu dans sa vie domestique; celle de la correspondance entre deux êtres qui, comme un destin, traverserait solitairement le temps par des sentiments uniques; celle des espaces du travail qui, avec ses documents professionnels bien établis, retranscrit les gestes du métier dans une main courante; celle enfin qui relève du monde de l’administration, codée et surplombée par le point de vue de l’État, et qui ne serait que de simples doublures des injonctions juridiques. A suivre ces partages, on pourrait croire que l’individu est à son apogée dans les deux premières, puis se disloquerait dans les institutions d’autorité pour les dernières. Les sentiments seraient lisibles dans la première série, les intérêts stratégiques dans la seconde. C’est là sans doute l’un des arguments ayant conduit à l’abandon de ces archives mineures, si indigentes et si ridicules disent certains. Or, nous proposons une lecture sensible de cet ensemble d’archives. Nous proposons d’ouvrir la part la plus intime des auteurs où les postures sont infinitésimales, en prenant en charge la palette des émotions : indifférence, impatience, colère, ruse, résignation, supplique ou prière. Ce principe de variation met à l’épreuve l’idée selon laquelle même dans les documents les plus administratifs, le sensible et le social sont présent en sous-main.
Ce colloque vise à penser les nouvelles méthodologies et les nouvelles écritures susceptibles de rendre compte de la dimension émotionnelle de la vie sociale. Nous proposons ici d’interroger les enjeux méthodologiques et épistémologiques que soulèvent la prise en compte et l’analyse des émotions en sciences sociales. Nous examinerons en particulier comment cette dimension du sensible se pose concrètement dans les recherches (depuis leurs conceptions problématiques et méthodologiques jusqu’à la diffusion des savoirs produits) et ce qu’elle induit sur nos manières de connaître.
Si la prise en considération de nos émotions dans les activités d’enquête est souvent appréhendée comme un enjeu de connaissance, elle semble aussi à l’origine d’un véritable renouvellement de nos méthodologies à travers des expérimentations, de nouvelles formes d’enquête et d’écriture, ouvertes et imaginatives (nouvelles narrations sociologiques, récits audiovisuels ou sonores, récits graphiques, performance, etc.). Nous tenterons ici d’objectiver cette emprise du sensible dans les recherches grâce à l’examen de ses mises en jeu et en forme, tout en interrogeant leurs effets sur le façonnement des sciences sociales.
Titre du colloque :