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Nathalie Boucher : Organisme Respire
Quelle place la ville réserve-t-elle aux adolescentes? Que font-elles, entre l’école et la maison? Depuis 2018, par différentes méthodes qualitatives (caractérisation des espaces publics, observations, entretiens semi-dirigés in situ, visite de parc, ateliers de cartes mentales et de projections architecturales), nous recueillons auprès d’adolescentes du quartier montréalais de Pointe-aux-Trembles des données sur leurs pratiques des espaces publics. Nos données révèlent surtout la difficulté qu’ont les adolescentes à nommer, qualifier ou mettre de l’avant ces pratiques. Nous évoquons le concept de tabou pour expliquer leur invisibilité (en recherche comme dans la ville) et leur internalisation de la discrimination de genre. Nous nous intéressons particulièrement à une pratique constante dans les observations, cartes et projections: jaser, discuter, parler. Le fait que parler ne soit pas une activité nommée par les participantes, qui mettent surtout de l’avant les activités actives parallèles (se promener, se balancer, rencontrer des ami.e.s), semble souligner l’internalisation de la dévalorisation sexiste associée aux échanges verbaux. Cause et conséquence, l’aménagement urbain ne prévoit pas d’espaces ou d’équipements pour jaser en toute légitimité, à l’abri du harcèlement et des intempéries. Nous appelons à davantage de recherche participative axée sur les filles comme usagères de la ville (pas seulement sur leur sécurité) et à davantage d’aménagements urbains inclusifs.
Ce colloque propose, à partir des travaux conduits dans le cadre d’une recherche partenariale comparative (TRYSPACES), de revenir sur le rôle des jeunes dans les transformations culturelles, sociales, économiques et politiques des espaces publics de quatre villes (Hanoï, Montréal, Mexico, Paris). Visibles dans les espaces publics par effets de pratiques spécifiques qui interpellent, déforment, dérangent et repoussent les limites imposées par les normes et la régulation sociales, les jeunes avec lesquelles nous travaillons depuis 2017 transgressent l’ordre établi des villes contemporaines, soit par choix (les pratiques transgressives peuvent être attrayantes), soit par nécessité (par exemple pour « prendre place » malgré les contraintes sociales, légales ou urbanistiques). Leur présence publique, surtout quand elle est de longue durée, statique, nocturne, génère une stigmatisation et une réprobation à géométrie variable, en fonction de leurs identités multiples. Loin de constituer un groupe monolithique, leur expérience de l’espace public est en effet définie par le contexte socioculturel et politique, mais aussi par le fait d’être une fille, un-e jeune racisé-e, autochtone, de vivre avec un handicap ou d’habiter un quartier excentré. Par l’entremise de plusieurs études de cas menées par des chercheur-euses, des étudiant-es et des jeunes basé-es à Montréal et dans les autres villes du projet, ce colloque réfléchira à la façon dont les jeunes utilisent les espaces publics et aux déterminants de la perception de ces usages comme transgressifs. Quelles sont les conséquences de ces pratiques dites transgressives sur la régulation des espaces publics et la gouvernance urbaine? Comment les jeunes procèdent-ils et elles pour s’approprier certains espaces? En quoi ceci contribue-t-il à la constitution de leur identité, leur permet-il d’exprimer leur vision du monde et de se faire une place dans un monde de plus en plus urbain et interconnecté?
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