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Rosalie Rainville : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis une dizaine d’années au Québec se multiplient des initiatives qui, dans des domaines aussi divers que l’élevage, le maraichage, la viticulture ou encore l’apiculture, valorisent des pratiques à petite échelle, artisanales, plus respectueuses de l’environnement, centrées sur l’autosuffisance alimentaire ou faisant la part belle aux produits sauvages et de terroir. À partir d’un travail d’enquête mené auprès d’une vingtaine de ces initiatives agricoles et alimentaires dans trois régions québécoises, cette communication entend montrer qu’elles sont porteuses, dans leur diversité, de nouvelles manières de cultiver et d’habiter le territoire. Ces activités mobilisent non seulement des savoir-faire originaux pour créer des produits distinctifs, mais elles dessinent surtout des « modes de vie » singuliers. Ces modes de vie terroiristes, comme nous les qualifions, se caractérisent en particulier par des pratiques et des valeurs qui se centrent tout d’abord sur une quête d’autonomie, sur l’importance accordée au lien social et la convivialité ensuite, et enfin sur un nouveau rapport écologique à la terre, à la nature et au vivant. À contre-courant des orientations productivistes et déterritorialisées de l’agriculture industrielle, ces initiatives illustrent en définitive une nouvelle facette du développement territorial contemporain qui nous invite à réfléchir à nos rapports à la production agricole et alimentaire dans un contexte de transition écologique.
Cette proposition de colloque est portée par le Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT), qui rassemble les chercheurs des universités québécoises intéressés par le développement territorial et plus particulièrement par les dynamiques de développement-régression qui touchent les régions non métropolitaines. Ces territoires sont soumis à des tensions qui se renouvellent continuellement. Longtemps analysées en termes économiques autour de la relation de dépendance qui lie ces territoires aux aires métropolitaines et aux capitaux extérieurs, les dynamiques de ces territoires sont aujourd’hui regardées en s’intéressant à la diversité des conditions sociales et environnementales qui les caractérisent.
La période récente apporte son lot de questions qui, si elles ne sont pas toujours nouvelles, interrogent les modalités d’une transition de nos économies et de nos sociétés vers des modèles de développement qui sachent corriger les problèmes écologiques et sociaux engendrés par des systèmes de production qualifiés parfois de « productivistes » ou « extractivistes » et bâtir de nouvelles perspectives. La récente crise sanitaire a apporté son lot de questions autour de l’organisation du travail, de l’occupation du territoire, des approvisionnements de proximité, de la numérisation. Les territoires non métropolitains ont été confrontés à des questions criantes relatives au logement, aux transports, à l’accès aux réseaux haut débit, à des mobilités inédites (temporaires ou non), voire à l’approvisionnement en denrées de base. Le secteur des services s’en est trouvé bouleversé, avec une division du travail entre celles et ceux pouvant effectuer leur travail à distance et d’autres contraints d’effectuer leurs tâches en « présentiel », sans parler des nombreux métiers qui n’ont eu d’autre choix que de se réinventer.
C’est à une réflexion autour de ces transformations qu’invite le CRDT pour ce colloque dans le cadre du congrès 2022 de l’Acfas.
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