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Antoine Masson-Courchesne : UQAM - Université du Québec à Montréal
L'accession à la chirurgie génitale d'affirmation de genre pour les personnes trans requiert que deux professionnels habilités évaluent de manière indépendante le patient et attestent d'une dysphorie de genre. La littérature a mis en lumière le manque de consensus chez les cliniciens par rapport à ces exigences. Cependant, peu de recherches ont exploré la perspective des patients trans. La présente étude explore l'expérience des personnes trans face aux évaluations. Considérant la nature exploratoire de l’étude, une approche qualitative est privilégiée. Dix personnes trans ont été recrutées pour participer à un entretien. Au plan des connaissances, cette étude permet de comprendre comment les évaluations influencent l'expérience de transition et le bien-être psychologique des personnes trans. Documenter cette expérience permettra d'améliorer la qualité des soins en remédiant à certaines formes de discriminations jalonnant fréquemment le parcours des personnes trans. À cet égard, les résultats mèneront à l'élaboration d'un guide à destination des professionnels pour leur présenter les attitudes cliniques jugées positives et négatives par les patients trans et améliorer ainsi leurs pratiques. Une analyse thématique a permis de dégager trois grands thèmes ; (1) les désirs, représentations et craintes entourant l’évaluation, (2) les caractéristiques d’un accompagnement jugé aidant et (3) les caractéristiques d’un accompagnement jugé nuisible.
Les récentes orientations de l’Organisation mondiale de la santé (2021) font état de violations persistantes des droits humains en santé mentale, s’exprimant par le maintien du recours à la coercition comme traitement et de difficultés d’accès aux services offerts en communauté. Le recours à la coercition, fortement enchevêtré à la culture d’intervention psychiatrique, tend également à s’étendre au champ social. L’utilisation grandissante de procédures médico-légales autorisant l’hospitalisation et le traitement involontaires (Lebenbaum et al., 2018; Sashidharan, Mezzina et Puras, 2019), tout comme le recours aux tribunaux spécialisés en santé mentale, constitue les exemples contemporains les plus évidents d’une tendance lourde à la judiciarisation des pratiques d’intervention.
Une logique implacable d’exceptionnalisme expose les limites du droit sur le traitement réservé aux personnes vivant avec un problème de santé mentale. Cette logique est décrite comme une situation où « la psychiatrie revendique un statut spécial par rapport aux autres disciplines médicales […] et […] cumulativement, ces tentatives d’être ou de paraître exceptionnel ont pour effet involontaire de renforcer l’image des psychiatres et de leurs patients comme des figures d’exception » (Kontos, Freudenreich et Querques, 2018). Cette logique d’exception se caractérise par un ensemble diversifié de pratiques de contrôle social attribuant aux intervenants médico-sociaux un important pouvoir discrétionnaire. Elle cible les populations marginales et « procède à un ciblage des segments de la société considérés comme à risque, un quadrillage disciplinaire dense et une surveillance de tous les instants » (Berthelet, 2015).
Ce colloque proposera d’analyser cette problématique selon une perspective interdisciplinaire et intersectorielle. Il fera appel à différents acteurs issus de domaines diversifiés, tels que le droit, la sociologie, l’intervention communautaire, le travail social ou les soins infirmiers. L’objectif poursuivi lors de cette journée sera de discuter des enjeux d’accès à la justice et de mise en œuvre des droits humains en santé mentale. Différentes stratégies susceptibles de soutenir une transformation durable des pratiques seront discutées. Les discussions et les réflexions proposées tiendront compte des enjeux systémiques et structurels contribuant aux difficultés de mise en œuvre des droits humains en santé mentale, des contextes d’intervention, de l’expérience des personnes concernées et des pratiques de soutien et d’accompagnement favorables à la reconnaissance de ces droits.
Titre du colloque :