Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Andre Mineau : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Durant le dernier tiers du XIXe siècle, les valeurs biologiques ont envahi peu à peu la culture politique de l’Europe, en s’insérant dans l’esprit des gens et en influençant les perceptions des sociétés et de l’humanité. Sur cette base, le XXe siècle deviendrait l’ère de l’efficacité politique de la biologie, autrement dit, de la politique comme biocybernétique. Il verrait l’avènement de l’ingénierie politique des vérités et des valeurs biologiques, dogmatisées à travers le biologisme. Ainsi, en Allemagne plus que n’importe où ailleurs en Europe, le biologisme deviendrait une puissante idéologie d’État, qui intégrerait et articulerait plusieurs notions autour de l’eugénisme, de la stérilisation des êtres jugés génétiquement inadéquats, de l’euthanasie des vies prétendument indignes d’être vécues et de la promotion de la santé collective à tout prix. En pareil contexte s’est développé le pouvoir des médecins qui ont réclamé l’accomplissement politique des lois de la biologie. Le généticien Otmar von Verschuer, de l’Institut Kaiser-Wilhelm, représente un exemple intéressant.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
Titre du colloque :
Thème du colloque :