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Nicolas Comtois : Université de Montréal
Pierre Hadot est réputé, à bon droit, avoir renouvelé notre approche des textes anciens et nous avoir permis de les aborder comme des exercices spirituels capables de susciter une conversion chez leur lecteur. Il a aussi contribué plus largement à la réflexion herméneutique, notamment à travers des textes plus courts et que l’on pourrait qualifier de mineurs. La présente communication s’arrêtera à l’un de ces textes, une préface que Hadot a écrite pour la réédition du Nietzsche d’Ernst Bertram en 1990. Nous montrerons comment Hadot, dans ce texte, critique ce qui lui semble être les excès de l’herméneutique philosophique et propose une solution aux apories dans lesquelles celle-ci lui paraît enfermer la pratique de l’histoire. Cette solution, qui peut être qualifiée de paradoxale en tant qu’elle cherche à préserver à la fois l’interprétation objective du texte et la possibilité de son appropriation subjective, se révélera situer Hadot dans la filiation du critique littéraire américain Eric Donald Hirsch, lui-même un important critique de Gadamer, et ainsi en faire un représentant original de la « réaction » (trop rarement prise en compte dans l’érudition de langue française) qu’a suscitée chez des interprètes attachés à l’idéal scientifique du XIXe siècle l’herméneutique d’inspiration heideggérienne.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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