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Patrick Turmel : Université Laval
Cette question a quelque chose de paradoxal en apparence. Aujourd’hui, la plupart des philosophes politiques travaillant dans le sillon de l’héritage rawlsien sont généralement favorables à cet outil fiscal, même s’ils ne le discutent pas directement. On présume souvent qu’une fois les principes de justice distributive défendus, la question de savoir comment réaliser les principes en pratique devient secondaire, mais la progressivité apparaît aussi souvent comme une évidence démocratique. Pour cette raison, très nombreux sont les philosophes politiques qui n’ont même pas conscience que Rawls prend notamment position dans la Théorie de la justice, à la section 43, pour un impôt proportionnel (plutôt que progressif) sur la consommation (plutôt que sur le revenu), deux thèses très surprenantes. Pourquoi Rawls l’égalitariste défend-il une forme d’imposition fiscale dont les deux composantes – la consommation comme base fiscale et la proportionnalité comme mode d’imposition – ont tendances à voir des effets régressifs ? Je veux suggérer pourtant que l’on peut retrouver dans ce passage – si on l’interprète suivant le bon esprit – des raisons de principe en appui à la progressivité. Et donc, il y a de quoi s’appuyer aujourd’hui chez Rawls pour défendre des impôts fortement progressifs – un impôt sur l’héritage, un impôt sur le revenu, mais éventuellement aussi – ce qu’il ne discute pas – un impôt sur le capital.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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