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Poèmes en transfert. Réflexions à partir de Partition rouge, de Florence Delay et Jacques Roubaud

ÉD

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Éléonore Devevey : Université de Genève

Résumé de la communication

L’objectif de cette communication est d’éclairer les opérations sémiotiques qu’impliquent la transcription par des anthropologues de performances orales en corpus écrits, et leur requalification en poésie par des écrivains. Que se passe-t-il lors de telles opérations? Y a-t-il une façon propre aux anthropologues, une autre propre aux poètes, de faire cas des « signes humains »? Partition rouge, sous-titré Poèmes et chants des Indiens d’Amérique du Nord (Paris, Seuil, 1988), constitue un bon poste d’observation pour soulever de telles questions. Il s’agit d’un recueil de textes prélevés, pour la plupart, dans les travaux d’anthropologues américains, traduits et présentés par les écrivains français Florence Delay et Jacques Roubaud. On s’attachera tout particulièrement à la version que proposent Delay et Roubaud de « chants pour écorce » recueillis auprès des Indiens chippewa par l’ethnomusicologue américaine Frances Densmore au début du XXe siècle. Ces textes, qui sont les produits de chaînes de médiation complexes, font apparaitre en surimpression trois états de l’événement poétique, impliquant trois communautés de réception, induisant donc des démarches interprétatives d’ordres distincts. Un tel objet constitue donc un cas pertinent pour s’interroger sur les fonctionnements sémiotiques propres au discours anthropologique et au discours poétique, aux types de connaissance et de représentation auxquels chacun d’eux donne lieu.

Résumé du colloque

Les études sémiotiques et l’anthropologie connaissent des recoupements disciplinaires évidents, qui ne sont toutefois pas toujours reconnus ou travaillés comme tels. Toutes deux constituent des champs disciplinaires très vastes, qui comprennent des sous-domaines d’étude relativement autonomes, dont l’objet est dans tous les cas multiforme. Si l’anthropologie étudie l’humain, les sociétés et les cultures humaines, elle multiplie pour ce faire ses focales, ses méthodes, ses approches et ses visées, se penchant tant sur le processus biologique d’hominisation et les vestiges archéologiques des sociétés passées que sur la dimension symbolique et les diverses pratiques inhérentes aux cultures et sous-cultures contemporaines. De leur côté, les études sémiotiques traitent des signes et des médiations au moyen desquels les êtres vivants communiquent, interprètent et organisent le monde symbolique et pratique dans lequel ils évoluent au quotidien. En restreignant l’objet de la sémiotique à la sphère d’influence de l’activité humaine, et en considérant l’activité signifiante comme base de toute interaction humaine, nous posons que signe et sens commun forment un seuil pour l’étude des pratiques et des cultures humaines. Mais encore faut-il montrer la pertinence d’établir un seuil aussi fondamental. Ce colloque invite les chercheurs·euses œuvrant en sémiotique, en anthropologie (ou disciplines connexes : ethnologie, linguistique, sociologie, arts et lettres, communication, etc.) à venir partager l’état de leurs recherches et travaux sur les signes humains. Nous intéressent : les pratiques sémiotiques ordinaires, politiques ou artistiques, et plus largement les systèmes de signes, de croyances et l’implication des axiologies sur les échanges et la circulation des biens symboliques dans l’espace public, au sein des groupes humains et des cultures, les méthodes d’enquête en vue d’étudier de tels phénomènes aussi bien que les excursions théoriques qui en découlent.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
manager icon Responsables :
Simon Levesque
section icon Date : 11 mai 2022

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