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Réduire la coercition perçue en santé mentale : un levier pour favoriser le respect des droits?

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Clara Lessard-Deschênes : Université de Montréal

Résumé de la communication

La coercition perçue réfère à l’expérience subjective d’une personne de vivre de la coercition lorsqu’elle reçoit des soins. Ce phénomène serait présent chez 74% des personnes hospitalisées de manière involontaire et 25% de celles admises volontairement en raison d’un problème de santé mentale. La coercition perçue est néfaste pour la personne que en fait l’expérience, pouvant entraîner un sentiment de déshumanisation, l’augmentation du risque suicidaire suite au congé de l’hôpital et l’évitement subséquent des services de santé mentale. Le degré de coercition perçue par la personne serait étroitement lié à la qualité de ses interactions avec les professionnels de la santé, par exemple l’impression d’avoir été traité de manière juste et respectueuse. Considérant que les infirmières accompagnent les personnes vivant avec des problèmes de santé mentale dans diverses situations et sont souvent le premier contact lors d’une hospitalisation, la qualité de leurs interventions est essentielle à une offre de soins visant le respect des droits humains et la diminution de la coercition. Le but de cette présentation est d’abord d’exposer les liens entre la coercition perçue et les soins basés sur le respect des droits des personnes en santé mentale. Il sera ensuite question de susciter une réflexion sur l’apport potentiel qu’une intervention infirmière, s’appuyant sur des principes de justice, pourrait avoir sur la coercition perçue lors de l’hospitalisation en santé mentale.

Résumé du colloque

Les récentes orientations de l’Organisation mondiale de la santé (2021) font état de violations persistantes des droits humains en santé mentale, s’exprimant par le maintien du recours à la coercition comme traitement et de difficultés d’accès aux services offerts en communauté. Le recours à la coercition, fortement enchevêtré à la culture d’intervention psychiatrique, tend également à s’étendre au champ social. L’utilisation grandissante de procédures médico-légales autorisant l’hospitalisation et le traitement involontaires (Lebenbaum et al., 2018; Sashidharan, Mezzina et Puras, 2019), tout comme le recours aux tribunaux spécialisés en santé mentale, constitue les exemples contemporains les plus évidents d’une tendance lourde à la judiciarisation des pratiques d’intervention.

Une logique implacable d’exceptionnalisme expose les limites du droit sur le traitement réservé aux personnes vivant avec un problème de santé mentale. Cette logique est décrite comme une situation où « la psychiatrie revendique un statut spécial par rapport aux autres disciplines médicales […] et […] cumulativement, ces tentatives d’être ou de paraître exceptionnel ont pour effet involontaire de renforcer l’image des psychiatres et de leurs patients comme des figures d’exception » (Kontos, Freudenreich et Querques, 2018). Cette logique d’exception se caractérise par un ensemble diversifié de pratiques de contrôle social attribuant aux intervenants médico-sociaux un important pouvoir discrétionnaire. Elle cible les populations marginales et « procède à un ciblage des segments de la société considérés comme à risque, un quadrillage disciplinaire dense et une surveillance de tous les instants » (Berthelet, 2015).

Ce colloque proposera d’analyser cette problématique selon une perspective interdisciplinaire et intersectorielle. Il fera appel à différents acteurs issus de domaines diversifiés, tels que le droit, la sociologie, l’intervention communautaire, le travail social ou les soins infirmiers. L’objectif poursuivi lors de cette journée sera de discuter des enjeux d’accès à la justice et de mise en œuvre des droits humains en santé mentale. Différentes stratégies susceptibles de soutenir une transformation durable des pratiques seront discutées. Les discussions et les réflexions proposées tiendront compte des enjeux systémiques et structurels contribuant aux difficultés de mise en œuvre des droits humains en santé mentale, des contextes d’intervention, de l’expérience des personnes concernées et des pratiques de soutien et d’accompagnement favorables à la reconnaissance de ces droits.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 11 mai 2022

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