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Chakib Khelifi : université Paris-EST - Gustave Eiffel
Cette communication s’inspire des recherches francophones sur les jeunes et « la culture de rue ». Elle porte sur l’analyse des pratiques d’appropriation de l’espace public par des hommes incarnant une « masculinité de protestation » (Connell 2014). Cette approche permet de prendre en compte les critiques formulées par les études de genre concernant l’absence du corps dans les travaux dédiés à l’occupation populaire des espaces publics. Les résultats présentés s’appuient sur une enquête ethnographique mêlant séquences d’observation participante, entretiens semi-directifs et parcours commentés qui restituent le travail de suivi d’un groupe de dix jeunes hommes racisés résidant à Montréal-Nord, entre 2018 et 2020. Depuis 2001, le quartier connait d’importantes transformations urbaines. À cela s’ajoute les représentations médiatiques dépeignant le secteur du nord-est comme un lieu gangrené par les gangs de rue. Enfin, le déploiement dans l’espace public d’un important quadrillage policier ciblant expressément les jeunes racisés contribue aujourd’hui à souligner l’importance du corps comme enjeu de l’aménagement urbain. Dans le cadre de cette communication il s’agira de 1) comprendre comment la maîtrise du corps masculin s’est incorporé au réaménagement de l’espace local et de 2) constater comment l’élaboration d’un corps collectif permet aux jeunes hommes de négocier leur place au sein du quartier; le tout dans une perspective relationnelle et intersectionnelle
Ce colloque propose, à partir des travaux conduits dans le cadre d’une recherche partenariale comparative (TRYSPACES), de revenir sur le rôle des jeunes dans les transformations culturelles, sociales, économiques et politiques des espaces publics de quatre villes (Hanoï, Montréal, Mexico, Paris). Visibles dans les espaces publics par effets de pratiques spécifiques qui interpellent, déforment, dérangent et repoussent les limites imposées par les normes et la régulation sociales, les jeunes avec lesquelles nous travaillons depuis 2017 transgressent l’ordre établi des villes contemporaines, soit par choix (les pratiques transgressives peuvent être attrayantes), soit par nécessité (par exemple pour « prendre place » malgré les contraintes sociales, légales ou urbanistiques). Leur présence publique, surtout quand elle est de longue durée, statique, nocturne, génère une stigmatisation et une réprobation à géométrie variable, en fonction de leurs identités multiples. Loin de constituer un groupe monolithique, leur expérience de l’espace public est en effet définie par le contexte socioculturel et politique, mais aussi par le fait d’être une fille, un-e jeune racisé-e, autochtone, de vivre avec un handicap ou d’habiter un quartier excentré. Par l’entremise de plusieurs études de cas menées par des chercheur-euses, des étudiant-es et des jeunes basé-es à Montréal et dans les autres villes du projet, ce colloque réfléchira à la façon dont les jeunes utilisent les espaces publics et aux déterminants de la perception de ces usages comme transgressifs. Quelles sont les conséquences de ces pratiques dites transgressives sur la régulation des espaces publics et la gouvernance urbaine? Comment les jeunes procèdent-ils et elles pour s’approprier certains espaces? En quoi ceci contribue-t-il à la constitution de leur identité, leur permet-il d’exprimer leur vision du monde et de se faire une place dans un monde de plus en plus urbain et interconnecté?
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