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Audrey Gozillon : Université d'Artois
Si aujourd’hui, de nombreux travaux visent à saisir la manière dont les médias sélectionnent et orientent leurs contenus, au prisme du genre, les recherches scientifiques soulignent une sous-médiatisation des femmes, une mise en scène stéréotypée et des discours essentialistes (Biscarrat & al., 2017 ; Damian-Gaillard & al., 2021). Le domaine sportif n’échappe pas à ces constats (Montañola, 2011). De manière originale, notre communication porte sur l’analyse de la presse écrite « jeunesse ». L’objectif consiste à montrer comment notre méthodologie pensée au prisme du genre permet d’étudier la place qu’accorde cette presse aux sportif·ve·s. Nous avons placé la focale sur le Petit Quotidien, seul quotidien français pour la catégorie des 6-10 ans. Le corpus comprend l’intégralité des numéros sur la période de 2009 à 2019 (n=1440 numéros). Au total, 916 articles et images traitant du sport (soit 10% des articles du journal) ont été répertoriés et traités. L’analyse quantitative menée via un logiciel de traitement statistique, met en évidence la manière dont ce journal tend à reproduire les inégalités de représentations entre les sexes dans les articles faisant référence au sport. Plus précisément, cette méthodologie révèle la manière dont le Petit Quotidien tend à invisibiliser les pratiquantes et à associer le sport à un loisir masculin dès le plus jeune âge, notamment en reléguant littéralement au second plan les sportives ou en ayant recours au « sujet neutre » (Cromer, 2010).
L’évolution des médias, de la communication, du numérique et des données massives interroge à nouveaux frais les problématiques de genre, et vice versa. Les études féministes et les études sur le genre en communication font d’ailleurs l’objet d’une grande effervescence ces dernières années dans la francophonie. Plusieurs dossiers de revues scientifiques en communication ont abordé ces questions (Recherches féministes, 2020; Revue française des sciences de l’information et de la communication, 2014; Revue africaine de communication, 2017). Les études du genre articulées aux communications et aux médias prennent de l’envergure (Brun et al., 2020), et des approches du genre en communication prennent forme au confluent des systèmes d’information et de communication, des études culturelles et des études de genre (Cervulle et Rees-Roberts, 2010; Biscarrat, 2019; Damian-Gaillard et al., 2014; Lallet, 2014; Lécossais, 2020). Cette rencontre est féconde et nécessaire « tant l’information comme la communication sont structurées par le genre » (Coulomb-Gully 2010, dans Biscarat, 2019).
L’objectif de ce colloque est d’approfondir et actualiser cette interrelation entre genre et communication. Prenant acte du pouvoir critique du genre à dévoiler les constructions sociales et politiques que dissimulent les concepts et savoirs (Blandin, et al., 2017; Dalibert, 2014), ce colloque vise également à rassembler des chercheur.e.s francophones et à faire état des travaux actuels sur trois plans.
● Éthique : Il s’agit d’interroger les responsabilités des chercheur.e.s, leur rapport de pouvoir sur le terrain, la circulation des biais de genre dans les dispositifs sociotechniques et les constructions symboliques. Les enjeux éthiques sous-jacents au poids du binarisme de genre dans la production algorithmique et médiatique (Arnold, 2016), au numérique qui brouille les catégories, défait et refait les rapports de genre (Boisvert, 2020).
● Méthodologique : L’émergence de nouveaux objets fait poindre des méthodes féministes sui generis. Quelle démarche ou méthode le genre peut constituer pour décoder les significations des dispositifs (Coulomb-Gully, 2010; Julliard, 2013; Julliard et Quenemer, 2014). Le numérique, les nouvelles dynamiques de circulation, production et réception, les données massives posent de nouveaux défis au genre (Luka et Millette, 2018; Boisvert et Bélanger, 2020). L’importance que prennent la coconstruction des savoirs, le savoir incarné ou situé est soulevée (Haraway, 1988; Delphy, 2009).
● Épistémologique : Dévoiler les implicites de la démarche scientifique (Biscarrat, 2013) et les façons dont la posture, la positionnalité, le « corps genré » des chercheur.e.s (Galinon-Mélénec et al, 2008) altèrent le rapport à l’objet. Il s’agit de proposer des pistes pour concevoir une science (féministe) plus juste, plus éthique, plus équitable et plus inclusive (Bourdeloie, 2018, 2020; Le Gallo et Millette, 2019, Brun, 2020).
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