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Stigmatisation et pratiques culturelles des jeunes à Marseille : une étude ethnographique du projet européen TRANSGANG

JM

Membre a labase

Juan Mansilla : Universitat Pompeu Fabra

Résumé de la communication

Cette étude porte sur les trajectoires des jeunes à Marseille (France) dans le cadre du projet européen TRANSGANG. La précarité de l’emploi des jeunes de LaFab (Marseille) est un imaginaire qui accompagne non seulement l’apparition et la banalisation actuelle du trafic illicite de drogues, mais elle est aussi portée (stratégie du revers de la stigmatisation) à travers de pratiques créatives telles que la production de la musique « gansta rap » et « ghetto superstar ». Les « malfaiteurs du quartier » et les codes du crime sont ainsi introduits dans leurs productions musicales, dans un exercice de théâtralité et de performance artistique (de résistance) du stigmate. Dans leurs chansons, on retrouve des allusions à une ambiance gangster dans la ville : « Marseille n’est pas un endroit facile ! », « Marseille c’est chaud ! », ainsi que des défis ou avertissements dirigés envers les autres rappeurs. Cette logique de conflit n’indique pas nécessairement un comportement violent entre les quartiers ou les crews ennemis: il faut l’appréhender comme un héritage esthétique du style musical gangsta nord-américain et comme un effet de la folklorisation des groupes de rue de jeunes défavorisés en France. Les trajectoires de vie des jeunes marseillais se traduisent ainsi par des formes de résistance et de résilience, oscillant entre pratiques autogérées (musique, sports, réseaux illicites) et espaces encadrés par des adultes (école, emplois temporaires, formation professionnelle).

Résumé du colloque

Ce colloque propose, à partir des travaux conduits dans le cadre d’une recherche partenariale comparative (TRYSPACES), de revenir sur le rôle des jeunes dans les transformations culturelles, sociales, économiques et politiques des espaces publics de quatre villes (Hanoï, Montréal, Mexico, Paris). Visibles dans les espaces publics par effets de pratiques spécifiques qui interpellent, déforment, dérangent et repoussent les limites imposées par les normes et la régulation sociales, les jeunes avec lesquelles nous travaillons depuis 2017 transgressent l’ordre établi des villes contemporaines, soit par choix (les pratiques transgressives peuvent être attrayantes), soit par nécessité (par exemple pour « prendre place » malgré les contraintes sociales, légales ou urbanistiques). Leur présence publique, surtout quand elle est de longue durée, statique, nocturne, génère une stigmatisation et une réprobation à géométrie variable, en fonction de leurs identités multiples. Loin de constituer un groupe monolithique, leur expérience de l’espace public est en effet définie par le contexte socioculturel et politique, mais aussi par le fait d’être une fille, un-e jeune racisé-e, autochtone, de vivre avec un handicap ou d’habiter un quartier excentré. Par l’entremise de plusieurs études de cas menées par des chercheur-euses, des étudiant-es et des jeunes basé-es à Montréal et dans les autres villes du projet, ce colloque réfléchira à la façon dont les jeunes utilisent les espaces publics et aux déterminants de la perception de ces usages comme transgressifs. Quelles sont les conséquences de ces pratiques dites transgressives sur la régulation des espaces publics et la gouvernance urbaine? Comment les jeunes procèdent-ils et elles pour s’approprier certains espaces? En quoi ceci contribue-t-il à la constitution de leur identité, leur permet-il d’exprimer leur vision du monde et de se faire une place dans un monde de plus en plus urbain et interconnecté?

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
Discutant-e- de la session : Juan Mansilla Sandy Larose
section icon Date : 11 mai 2022

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