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Ipek Epikmen : Université de Montréal
Les bénéfices de jouer pour les enfants sont innombrables; or, on observe un déclin du jeu extérieur dans le contexte urbain, relié à la sédentarisation et à une épidémie d'obésité des jeunes qui suscite de plus en plus d’intérêt dans les milieux académique et municipal. Jusqu’à récemment, les efforts des villes se limitaient à la provision d’espaces ségrégés destinés à l’usage des enfants. Maintenant que certaines villes sont prêtes à repenser la place du jeu à une plus grande échelle, il devient important de mieux comprendre le jeu et les environnements qui le rendent possible. Cette communication prend appui sur une ethnographie critique réalisée en tant que facilitatrice de jeu au sein d’un camp de jour promouvant le jeu libre dans trois espaces publics de Montréal. Elle explore les différents facteurs spatiaux et sociaux influençant le jeu des enfants dans une perspective d’affordance. Elle discute de l’influence des caractéristiques de l’espace sur le jeu des enfants, de l’importance de l’influence de la perception du risque chez les adultes supervisant le jeu, des conflits avec les autres usagers et de l’influence de la gestion et maintenance des espaces publics. Cette recherche tente d’offrir un regard holistique et critique sur l’adéquation des espaces publics au jeu, dans le contexte montréalais. Elle met en évidence le caractère transgressif du jeu libre et sa confrontation aux approches régulatrices courantes dans l’aménagement et la gestion des espaces urbains.
Ce colloque propose, à partir des travaux conduits dans le cadre d’une recherche partenariale comparative (TRYSPACES), de revenir sur le rôle des jeunes dans les transformations culturelles, sociales, économiques et politiques des espaces publics de quatre villes (Hanoï, Montréal, Mexico, Paris). Visibles dans les espaces publics par effets de pratiques spécifiques qui interpellent, déforment, dérangent et repoussent les limites imposées par les normes et la régulation sociales, les jeunes avec lesquelles nous travaillons depuis 2017 transgressent l’ordre établi des villes contemporaines, soit par choix (les pratiques transgressives peuvent être attrayantes), soit par nécessité (par exemple pour « prendre place » malgré les contraintes sociales, légales ou urbanistiques). Leur présence publique, surtout quand elle est de longue durée, statique, nocturne, génère une stigmatisation et une réprobation à géométrie variable, en fonction de leurs identités multiples. Loin de constituer un groupe monolithique, leur expérience de l’espace public est en effet définie par le contexte socioculturel et politique, mais aussi par le fait d’être une fille, un-e jeune racisé-e, autochtone, de vivre avec un handicap ou d’habiter un quartier excentré. Par l’entremise de plusieurs études de cas menées par des chercheur-euses, des étudiant-es et des jeunes basé-es à Montréal et dans les autres villes du projet, ce colloque réfléchira à la façon dont les jeunes utilisent les espaces publics et aux déterminants de la perception de ces usages comme transgressifs. Quelles sont les conséquences de ces pratiques dites transgressives sur la régulation des espaces publics et la gouvernance urbaine? Comment les jeunes procèdent-ils et elles pour s’approprier certains espaces? En quoi ceci contribue-t-il à la constitution de leur identité, leur permet-il d’exprimer leur vision du monde et de se faire une place dans un monde de plus en plus urbain et interconnecté?
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