Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Jean-Jacques Boutaud
Si l’on cherche un point d’origine aux recherches en communication sur l’alimentation, on le trouvera peut-être dans la «Psycho-sociologie de l’alimentation contemporaine» de Barthes (Les Annales, 1961), avec ce constat : «Pour le chercheur, la nourriture est un sujet futilisé ou culpabilisé». La question est déjà de savoir de quoi nous parlons : la nourriture, l’alimentation, le goût, le culinaire, la gastronomie ? À chaque fois, l’assiette théorique et conceptuelle se recompose, selon les priorités accordées à l’intérieur des sciences humaines et sociales s’il faut déjà considérer ce vaste champ, avec tous ses angles d’attaque. Dès les années 60, les recherches en communication alimentaire ont pris un caractère protéiforme, pour ne pas dire rhizomatique, à l’image de tout le déploiement figuratif qui s’opère, des manifestations corporelles les plus sensibles aux représentations les plus transcendantes. Pour autant, s’il trouve une résonance phénoménale dans l’espace social et médiatique, sous les traits du goût et du gourmand, le couplage alimentation et gastronomie peine encore à trouver sa pleine légitimité dans l’espace des SHS, en général, et de la communication, en particulier. C’est tout l’intérêt de nous risquer, sinon à un état des lieux exhaustif, au moins à une mise en perspective structurante de ces recherches tant elles se déploient toutes directions confondues.
La communication alimentaire est omniprésente dans le paysage médiatique. Sa place dans les médias traditionnels est de plus en plus au premier plan. Outre les émissions culinaires phares diffusées par les chaînes généralistes, des stations de télévision sont entièrement consacrées à la communication culinaire. Les livres de cuisine constituent l’un des secteurs les plus dynamiques de l’édition francophone, sans compter les magazines culinaires qui, malgré la crise des médias imprimés, se multiplient à proximité des caisses d’épicerie.
Les médias numériques n’échappent pas à l’ubiquité de la communication alimentaire. On y trouve de tout et son contraire. La diffusion des contenus qui y sont publiés est amplifiée par le recours aux médias sociaux, y compris les blogues de nutritionnistes et d’influenceuses ou influenceurs non professionnels. Instagram constitue notamment un média social de choix pour le partage de photographies d’aliments, à des fins personnelles ou publicitaires. Les sites de notation comme TripAdvisor s’ajoutent aux guides gastronomiques.
La multiplication des sources d’information et des contenus sur les aliments bouleverse les conceptions populaires du « bien manger ». Comment s’est développée cette fascination pour la culture culinaire non seulement dans les médias, mais aussi dans les musées, la littérature, les arts, etc.? Quelle place prennent respectivement le plaisir/dégoût, la santé et la commensalité dans les imaginaires de la table? En quoi l’aliment reste-t-il lié à la construction de l’identité dans la polysémie du comestible? Quelles significations prend la nourriture dans une sphère publique globalisante? Comment se confondent les discours publicitaires commerciaux et ceux valorisant les produits du terroir? Comprendre la place que prend la communication dans les expériences alimentaires vécues au quotidien est plus qu’un enjeu de santé publique; il s’agit aussi de réfléchir sur la négociation du vivre-ensemble par la nourriture.
Titre du colloque :
Thème du colloque :