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Guillaume Cuny : Université Paris Saclay / Centre Pierre Naville
Cette proposition de communication s’appuie sur une recherche en sociologie filmique pour laquelle nous avons mené une enquête longitudinale sur trois ans auprès d’élèves scolarisés dans le Bac Pro ASSP (accompagnement, soin, services à la personne) qui se destinent aux métiers du care (Giligan, 1982 ; Divert, 2020).
Les métiers du care comme tous les métiers de service comportent une dimension relationnelle qui s’accompagne d’émotions qu’il convient pour les élèves d’apprendre à reconnaître et à gérer (Hochschild, 2001 ; Cartier 2012 ; Avril,2014). Ce travail émotionnel n’est pas reconnu par les structures et n’est pas présent dans les grilles d’évaluation de l’Éducation nationale alors que les élèves eux-mêmes reconnaissent la prégnance de ces émotions.
Si les concepts de travail émotionnel et de travail relationnel nous aident à concevoir ces dimensions de l’activité, il n’est pas toujours simple d’en rendre compte à travers l’écriture académique. La sociologie filmique apparaît alors comme un outil pour rendre visible ces dimensions cachées de l’action (Clot, 2006). Pour ce faire, le sociologue doit se mettre dans la peau d’un metteur en scène pour rassembler les éléments permettant de faire advenir une parole. Le dispositif filmique, en renouant le dialogue entre esthétique et politique (Rancière, 2000), doit alors dépasser le statut de simple outil de retranscription pour devenir un espace où les enquêtés pourront fabuler (Deleuze, 1985).
Ce colloque vise à penser les nouvelles méthodologies et les nouvelles écritures susceptibles de rendre compte de la dimension émotionnelle de la vie sociale. Nous proposons ici d’interroger les enjeux méthodologiques et épistémologiques que soulèvent la prise en compte et l’analyse des émotions en sciences sociales. Nous examinerons en particulier comment cette dimension du sensible se pose concrètement dans les recherches (depuis leurs conceptions problématiques et méthodologiques jusqu’à la diffusion des savoirs produits) et ce qu’elle induit sur nos manières de connaître.
Si la prise en considération de nos émotions dans les activités d’enquête est souvent appréhendée comme un enjeu de connaissance, elle semble aussi à l’origine d’un véritable renouvellement de nos méthodologies à travers des expérimentations, de nouvelles formes d’enquête et d’écriture, ouvertes et imaginatives (nouvelles narrations sociologiques, récits audiovisuels ou sonores, récits graphiques, performance, etc.). Nous tenterons ici d’objectiver cette emprise du sensible dans les recherches grâce à l’examen de ses mises en jeu et en forme, tout en interrogeant leurs effets sur le façonnement des sciences sociales.
Titre du colloque :