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Emmanuelle Bernheim : Université d'Ottawa
Durant l’année 2018-19, nous avons assisté à une cinquantaine d’audiences de la Commission d’examen, le tribunal administratif chargé du contrôle des personnes déclarées criminellement non-responsables pour cause de troubles mentaux ou inaptes à subir leur procès criminel. Durant les audiences, nous sommes très visibles, parfois assis·e autour de la table, à côté de l’accusé. Nous sommes gêné·es dans cette position de chercheur·es, comme si notre présence était déplacée, que nous sommes des voyeurs sensationnalistes. Nous sommes d’autant plus gêné·es que les audiences donnent à voir des « incidents » assez récurrents pour qu’ils soient à la fois violents et pénibles à supporter, tout en étant ordinaires et banals à la fois : blagues, rires gras et déplacés, racisme à peine voilé, incapacité pour les accusés de s’exprimer, de rectifier des faits erronés, dénigrement de leurs projets de vie, etc.
Dans cette présentation, nous aborderons, d’une part, les enjeux méthodologiques que nous avons rencontrés et les questionnements qu'ils soulèvent. Comment se présenter sur le terrain? Comment aborder (ou non) les personnes qui s’y trouvent, notamment les accusés? Doit-on ou non prendre des notes ? D’autre part, comme ce terrain de recherche s’est avéré confrontant à plusieurs niveaux, nous souhaitons aborder la place des émotions dans la recherche. En somme, comment analyser, prendre en compte et diffuser ce que le terrain fait vivre aux chercheur.e.s ?
Autant en sociologie que dans les sciences sociales plus largement, la « descente de sa tour d’ivoire » est un objet de préoccupation récurrent chez les chercheurs.euses d’hier et d’aujourd’hui. Comme injonction, d’abord, on peut l’observer par le truchement des critères d’évaluations d’organismes de financement qui portent dans une proportion croissante sur les aptitudes de leurs candidat.e.s à « faire dialoguer science et société », ou encore à prendre part à des pratiques de « mobilisation sociale ». Comme aspiration intrinsèque des chercheur.euse.s, ensuite, plusieurs collectifs se réclament d’une recherche « émancipatrice », appréciable à l’aune de ses bénéfices potentiels pour des populations, populations qui ne sont souvent plus simplement « objets d’étude » mais parties prenantes de la conduction même de l’enquête. Ces considérations suscitent une question large mais fondamentale : quelle consistance peut-on reconnaître à la connaissance produite en sociologie par l’entremise de ces diverses configurations de contraintes et d’aspirations traversant la pratique de la recherche? Ce colloque propose trois dimensions de discussion distinctes pour aborder cette question.
La première dimension concerne les enjeux théoriques et épistémologiques. Celle-ci recouvre plusieurs enjeux distincts comme des critiques et des révisions de la notion de rupture épistémologique, des réflexions sur l’objectivité dans les sciences sociales ou les ontologies sociales. La deuxième aborde les enjeux méthodologiques tels que la construction des données ou encore les différentes postures sur le terrain. Cet enjeu englobe aussi les diverses réflexions autour des rapports entretenus avec les personnes enquêtées. Enfin, on traite des enjeux analytiques et restitutifs des résultats de la recherche. Ce dernier enjeu veut réfléchir aux différentes manières de mettre en forme les résultats et de les diffuser.
Titre du colloque :