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Marie Reetz : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans une visée de déradicalisation et de recherche de légitimité sociale et publique, nombre de partis de droite radicale (populiste) et d’extrême droite en Europe semblent, au cours des années 2010, avoir investi le discours écologique. L’analyse se penche sur le cas des deux partis Front National/Rassemblement National (RN) en France et AFD (l’Alternative pour l’Allemagne). Le corpus collecté sur leurs sites internet, une sélection de 14 communications, nous aidera à comprendre les mécanismes rhétoriques et linguistiques sous-jacents à l’instrumentalisation du discours écologique à des fins de légitimation. S’articulant autour de la préservation de la biodiversité, du développement durable et de la transmission d’un patrimoine naturel, cette rhétorique environnementale sert à occulter et/ou à légitimer l’exclusion de l’Autre, présenté métaphoriquement comme des espèces invasives dont il faut nous protéger, et la consolidation du Nous, garant de la biodiversité:
« Les nations sont des éco-systèmes humains qu’il nous faut protéger. Nous qui représentons le parti de la transmission, nous savons que l’écologie est fondée sur la notion de legs du patrimoine naturel: il ne peut y avoir d’écologie sans idée de la transmission. » (Le Pen, RN, 1er mai 2019)
Le recours à un vocabulaire, à des métaphores et modes de raisonnement écologiques, qui font autorité, construit ainsi un discours modéré, socialement valorisé qui réactualise, implicitement, une pensée discriminatoire et raciste.
L’adhésion d’un électeur, d’un citoyen, d’un consommateur à une politique, à un projet, à un produit est d’abord une question de légitimité. Ces derniers doivent reconnaître en l’auteur de l’entreprise de persuasion le droit à la parole, évaluer comme acceptable l’enjeu ou l’innovation proposés, et souscrire aux univers de croyances et au mode de raisonnement déployés. Constamment renégociée et débattue, cette légitimité est produite dans un contexte de crise de confiance tant envers les élites, les experts que les médias.
Ce colloque interroge ainsi les formes de légitimité émergeant dans ce contexte sous une triple perspective : 1) les acteurs; 2) les objets de débat; 3) les discours.
1. Le passage de l’ombre à une légitimité sociale n’est plus fondé sur la seule reconnaissance institutionnelle, mais prend appui sur de nouvelles sources d’autorité comme l’expérience et la proximité, en lien avec la connaissance intime d’une situation, d’un produit, ou la médiatisation, selon le capital acquis sur les scènes médiatique et numérique. Cette perspective s’intéresse à la construction de la légitimité des acteurs dans l’espace public.
2. En raison de ressources limitées, les promoteurs d’un projet ou d’un produit doivent non seulement défendre la légitimité de leur proposition par rapport à des concurrents, mais aussi contrer les parties prenantes qui la contestent. Dans la suite du point précédent, cette perspective explore les stratégies de légitimation des objets débattus.
3. À la faveur de la multiplication des lieux de débat, les régimes institutionnels de rationalité – logique et scientifique – sont de plus en plus contestés par des régimes alternatifs, fondés sur les émotions, les croyances, les valeurs. Cette perspective aborde les rapports de concurrence pour la légitimation de façons de raisonner ou, à l’inverse, leur délégitimation.
Finalement, le colloque propose de réfléchir sur les enjeux éthiques et de régulation soulevés par ces formes de légitimité.
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