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Ayawavi Sitsopé Toudeka : Unité de Recherche Démographique de l'Université de Lomé
La présente communication analyse les difficultés auxquelles fait face l’enquêteur lors du recueil de données sur le terrain et ambitionne de répondre à la question suivante : Pourquoi est-il difficile d’interroger les conjoints des soignantes sur les difficultés de conciliation travail- famille? Cette question de recherche s’inscrit dans les différentes réflexions autour des rapports entretenus avec les enquêtées et ses effets sur la conduction de l’enquête. Elle se fonde sur les expériences d’une collecte qualitative, réalisée dans le cadre d’une recherche doctorale sur la « conciliation travail-famille ». Les données ont été recueillies auprès de 49 soignantes, 10 de leurs collègues hommes et 02 conjoints. Les résultats préliminaires révèlent que, si le sujet du travail domestique est aisé à aborder avec les soignantes appartenant à un groupe professionnel aux horaires atypiques, il est extrêmement compliqué d’avoir accès au recueil de données auprès de leurs maris. Outre les mutations que connaissent les capitales ouest africaines, les femmes restent, pour la plupart, investies d’un devoir perçu comme féminin qui consiste à « concilier travail et famille ». Les rapports de genre au sein des couples semblent marqués par une domination masculine qui influence la collecte des données auprès des couples hétérogènes notamment les maris.
Autant en sociologie que dans les sciences sociales plus largement, la « descente de sa tour d’ivoire » est un objet de préoccupation récurrent chez les chercheurs.euses d’hier et d’aujourd’hui. Comme injonction, d’abord, on peut l’observer par le truchement des critères d’évaluations d’organismes de financement qui portent dans une proportion croissante sur les aptitudes de leurs candidat.e.s à « faire dialoguer science et société », ou encore à prendre part à des pratiques de « mobilisation sociale ». Comme aspiration intrinsèque des chercheur.euse.s, ensuite, plusieurs collectifs se réclament d’une recherche « émancipatrice », appréciable à l’aune de ses bénéfices potentiels pour des populations, populations qui ne sont souvent plus simplement « objets d’étude » mais parties prenantes de la conduction même de l’enquête. Ces considérations suscitent une question large mais fondamentale : quelle consistance peut-on reconnaître à la connaissance produite en sociologie par l’entremise de ces diverses configurations de contraintes et d’aspirations traversant la pratique de la recherche? Ce colloque propose trois dimensions de discussion distinctes pour aborder cette question.
La première dimension concerne les enjeux théoriques et épistémologiques. Celle-ci recouvre plusieurs enjeux distincts comme des critiques et des révisions de la notion de rupture épistémologique, des réflexions sur l’objectivité dans les sciences sociales ou les ontologies sociales. La deuxième aborde les enjeux méthodologiques tels que la construction des données ou encore les différentes postures sur le terrain. Cet enjeu englobe aussi les diverses réflexions autour des rapports entretenus avec les personnes enquêtées. Enfin, on traite des enjeux analytiques et restitutifs des résultats de la recherche. Ce dernier enjeu veut réfléchir aux différentes manières de mettre en forme les résultats et de les diffuser.
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