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Karina Soucy : Université Laval
Les limites de la neutralité en sciences sociales ont maintes fois été relevées, tout comme l’indispensabilité de la variation des
points de vue et d’approche afin d’enrichir la compréhension du monde social. Or lorsque vient le moment de déterminer un
objet de recherche et un terrain d’enquête dans une perspective immersive « en être ou pas » agit, d’une part, sur les
nécessaires relations au déroulement de l’enquête, d’autre part, sur la perception d’objectivité de la chercheuse ou du
chercheur. Coincée entre les positions nombreuses et mouvantes de chercheur.euse social.e, cette situation intervient sur la
réception des personnes qui collaborent sur le terrain, et possiblement sur les processus de normativité institutionnelle. Partie prenante de la recherche, il est périlleux de rejeter l’impact de la relation avec l’objet et avec le terrain dans l’examen du matériau, tout comme l’argumentation de la « distance requise » pour l’analyse se veut ambiguë. Ainsi, comme sociologue le fait d’être moi-même résidente et originaire de mon terrain se révèle d’une grande productivité heuristique. Ce contexte s’accompagne toutefois du besoin de naviguer parmi certains écueils, notamment le risque de « ne pas voir » des données précieuses. Cette communication propose des interrogations sur les manières de procéder au travail de terrain réalisé comportant des entretiens abordant la ruralité comme élément constitutif de la subjectivité des femmes qui vivent au Kamouraska.
Autant en sociologie que dans les sciences sociales plus largement, la « descente de sa tour d’ivoire » est un objet de préoccupation récurrent chez les chercheurs.euses d’hier et d’aujourd’hui. Comme injonction, d’abord, on peut l’observer par le truchement des critères d’évaluations d’organismes de financement qui portent dans une proportion croissante sur les aptitudes de leurs candidat.e.s à « faire dialoguer science et société », ou encore à prendre part à des pratiques de « mobilisation sociale ». Comme aspiration intrinsèque des chercheur.euse.s, ensuite, plusieurs collectifs se réclament d’une recherche « émancipatrice », appréciable à l’aune de ses bénéfices potentiels pour des populations, populations qui ne sont souvent plus simplement « objets d’étude » mais parties prenantes de la conduction même de l’enquête. Ces considérations suscitent une question large mais fondamentale : quelle consistance peut-on reconnaître à la connaissance produite en sociologie par l’entremise de ces diverses configurations de contraintes et d’aspirations traversant la pratique de la recherche? Ce colloque propose trois dimensions de discussion distinctes pour aborder cette question.
La première dimension concerne les enjeux théoriques et épistémologiques. Celle-ci recouvre plusieurs enjeux distincts comme des critiques et des révisions de la notion de rupture épistémologique, des réflexions sur l’objectivité dans les sciences sociales ou les ontologies sociales. La deuxième aborde les enjeux méthodologiques tels que la construction des données ou encore les différentes postures sur le terrain. Cet enjeu englobe aussi les diverses réflexions autour des rapports entretenus avec les personnes enquêtées. Enfin, on traite des enjeux analytiques et restitutifs des résultats de la recherche. Ce dernier enjeu veut réfléchir aux différentes manières de mettre en forme les résultats et de les diffuser.
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