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Femmes, grossophobie et pandémie de COVID-19 au Québec

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Irina Joseph : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Avec la crise sanitaire que nous traversons depuis mars 2020, de nombreuses problématiques autour du poids et autour de l’association entre grosseur et « groupes à risque » sont apparues. Que ce soient des inquiétudes publiques autour de la prise de poids lors du premier confinement, ou encore les débats sur la responsabilité des personnes grosses sur leur propre santé, la grossophobie s’est exprimée et s’exprime toujours à travers toutes ces sphères. Lorsqu’il est question de poids, des liens avec la discrimination, tels que le sexisme, sont à faire ressortir pour mieux se saisir des mécanismes qui composent la grossophobie. Les femmes, plus que les hommes, sont visées par l’injonction à une certaine minceur et ce depuis au moins le milieu du Moyen-ge en Europe de l’Ouest. Se pencher sur une situation comme celle des femmes concernées par la grossophobie dans le contexte sanitaire actuel présente un intérêt encore plus pertinent. Dans cette conférence, nous verrons les façons dont la grosseur est stigmatisée mais aussi pourquoi et comment les femmes grosses sont les plus touchées par cette discrimination. Enfin, il s’agira de voir la manière dont la crise de COVID-19 rend visibles les mécanismes de la grossophobie.

Résumé du colloque

Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.

Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.

1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.

2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 12 mai 2022

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