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Guadalupe González Diéguez : Université de Montréal
Des figures de femmes « masculines » existent dans les traditions prémodernes, bien avant la constitution de ce que nous appelons aujourd’hui une identité de sexe/genre « butch ». Ainsi nous trouvons, par exemple, la catégorie de la « virago » dans la littérature chrétienne, et celle de « rajula » dans la tradition islamique. Dans cette communication, je me pencherai sur certaines figures de « femmes masculines » dans la tradition juive. J’analyserai les textes qui parlent de Sarah comme « aylonit » (TB Yevamot 64a-b) et de Myriam comme une femme qui atteint un niveau de prophétie autrement réservé exclusivement aux hommes (TB Baba Batra 17a ; Maïmonide Guide des égarés III :51 ; Zohar 1 :125a), pour déterminer quelles sont, dans chacun des cas, les caractéristiques genrées au masculin qui conforment leur « masculinité féminine » (J. Halberstam) et qui font d’elles ce que nous pourrions dénommer de manière consciemment anachronique des « matriarches butch ».
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.
Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.
1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.
2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.
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