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Intersectionnalité et documents de réponses humanitaires : une analyse de discours

JB

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Janyck Beaulieu : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Les inégalités sociales, mises en exergue par la crise de la COVID-19 (ECLAC, 2021; Hajjar et Abu-Sittah, 2021), obligent les organisations internationales à prendre davantage en considération les besoins particuliers des personnes vulnérabilisées dans le contexte spécifique qu’est l’humanitaire. L’intersectionnalité, qui vise, entre autres, à améliorer la prise en compte de la spécificité de l’expérience des personnes se trouvant à l’intersection de plusieurs rapports de pouvoir (Crenshaw, 1989 ; Hill Collins et Bilge, 2020), devient de plus en plus populaire dans le discours des organisations internationales humanitaires. Or, les critiques du concept d’intersectionnalité, le qualifiant notamment de buzzword (Fassa et al., 2016; Masson, 2019), nous rappellent qu’il ne suffit pas de mobiliser quelques termes dans des documents pour considérer les enjeux d’oppression avec sérieux. À partir d’une analyse de discours, nous nous penchons sur sept documents portant sur l’aide humanitaire qui intègrent une approche intersectionnelle et analysons comment celle-ci y est intégrée, discutée et mobilisée. Notre analyse démontre que, dans l’ensemble, les documents tendent à porter une plus grande importance aux effets que les rapports de pouvoir ont sur les vies individuelles et passent sous silence la (re)production des inégalités par les structures sociales, économiques et politiques de l’humanitaire.

Résumé du colloque

La COVID-19 est devenue une menace majeure pour les populations vulnérables dépendantes de l’action humanitaire, avec un impact potentiel dévastateur dans les zones densément peuplées, préalablement fragiles et/ou dans les zones où les systèmes de santé sont dysfonctionnels (IEIM, 2020). La pandémie exerce encore une grande pression sur les organismes humanitaires (OH) internationaux qui se sont vus, d’abord, limités dans leur capacité d’accès et plus généralement de réponse, laissant une plus grande place aux OH locaux et ensuite réceptifs concernant l’inadéquation de leurs programmes et de leurs méthodes avec les besoins changeants du terrain (De Geoffroy et al., 2020; Alalouf-Hall, 2020; Savard et al., 2020; Audet et al., 2021; Coulombe et al., 2021).

Le lancement récent du Plan global de réponse humanitaire en mars 2020 a confirmé la nécessité d’un financement important et souple. Cependant, de nombreux autres défis restent à relever pour garantir l’apport d’une action humanitaire efficace dans le respect de la dignité pour tous (organisations, civils et travailleurs humanitaires) (Blanchet, 2020).

Mais les crises créent des occasions pour le changement (Coulombe et al., 2020). Le secteur humanitaire l’a démontré à plusieurs reprises en revoyant ses pratiques par le biais de nouveaux agendas internationaux, notamment après le génocide au Rwanda en 1994, le tsunami de 2004 dans l’océan indien, ou encore le séisme en Haïti en 2010.

Si le « retour à la normale » est une formulation commode et fréquemment utilisée, elle est néanmoins erronée. Un retour « à la normale » donne une fausse impression de notre futur prévisible et sous-entend que tout était optimal avant la pandémie. Il est plus sage de parler de « nouvelle normalité », qui aurait appris de l’événement. Deux ans après le début de la pandémie, nous avons un peu plus de recul pour entrevoir les contours d’une nouvelle normalité pour les organisations et le secteur humanitaires.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 12 mai 2022

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